Un poème d’Agnieszka Wolny-Hamkalo, traduit du polonais par Michal Grabowski

Publié le 28 octobre 2022 par Onarretetout

Dans le numéro 22 de la revue Sarrazine, intitulée Miracle, on trouve, entre autres poèmes, ceux d’Agnieszka Wolny-Hamkalo. Ils sont inscrits dans la banalité du quotidien, dans la rue, à l’arrêt d’un bus, la tête baissée pour se laver les cheveux, au bord d’un fleuve en ville. Mais cette banalité prend de drôles de formes quand on s’y arrête, qu’on l’observe un peu de biais, par exemple avec le regard d’un chien qui mangerait bien le cookie de la dame et devrait le faire avant les oiseaux… Il y a vraiment là une façon d’être dans la vie, un regard curieux, une manière d’être au monde.

sable

Il y avait dans la vitrine d’une pharmacie des mannequins qui portaient des minerves.
J’en ai acheté une et me promenais avec, en ville.
Puis, entrant chez une fleuriste ou un horloger,
je n’ai rien voulu m’offrir. Des fenêtres des immeubles
j’ai vu des pots pleins de mouches
et des trombones colorés sur des ficelles.
J’ai vu un samovar sur un tabouret. Quelle surprise !
Tu t'excuses de faire des raccourcis
alors qu’il n’y a plus rien à ajouter.
J’ai aimé t’embrasser
en bas des statues du pape,
assis sur la dalle, jambes au vent,
nous mangions des melons. Des chats sans abri
se frottaient contre nous, réclamant un bout de jambon.
Aujourd’hui je n’ai presque pas pleuré
mais je reste friable tel un totem de sable.
Depuis ce matin les téléphones s’emplissent de courant,
les tatouages laids des passants se gaussent.
Les plantes artificielles des vitrines soudain s’immobilisent
comme si elles tendaient un piège pour attraper les martres.

Comme pour les poèmes de Maciej Topolski, le traducteur précise que le travail de traduction est une oeuvre collective qu’il partage avec Clément Llobet et Blaise Guinin.