Un poème de Maciej Topolski, traduit par Michal Grabowski

Publié le 13 octobre 2022 par Onarretetout

Michal Grabowski a traduit des poèmes de poètes polonais.

En voici un de Maciej Topolski :

servis

je servais tous ceux-ci qui prenaient tous ceux-là 
pour des inexistants interchangeables par cent autres
ils ne retenaient ni les prénoms ni la sueur ni encore
ce goût amer dans la bouche des affamés
je servais tous ceux-ci qui prenaient tous ceux-là
pour des moins-que-rien oui je les servais avec une grande (ton de voix
emprunté) élégance dans les tréfonds de l’arrière-cuisine je buvais
les fins de bouteille quant aux assiettes j’en mangeais les restes froids
des perdrix des cerfs ils n’en manqueront jamais j’ai vu
sur des photos un prêtre hisser un pareil cerf sur un camion
une longue trace saignante marquait la neige
des cerfs ils n’en manqueront jamais dans leurs frigidaires j’ai vu
des perdrix elles m’ont laissé une longue trace saignante sur les mains
j’apportais les mets je vous en prie mettez-les en bouche
ai-je dit

Le traducteur précise que le travail de traduction est une oeuvre collective qu’il partage avec Clément Llobet et Blaise Guinin.

Vous pouvez trouver ce texte et d’autres du même auteur dans le numéro 36 de la revue Catastrophes, disponible en ligne. Ce sera l’occasion de vagabonder parmi d’autres textes, de découvrir des poètes. La revue existe depuis 2017 ; elle est dirigée par Laurent Albarracin, Guillaume Condello et Pierre Vinclair, qui l’ont créée. Elle a aussi une version papier. J’y reviendrai sans doute.

(Le cerf servi dans l'assiette ne vient pas de la revue Catastrophes)