Chaque mois, dans ses 10 premiers jours, tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) et tout comme je le fais pour musique (vers le milieu) je vous parles de l'une de mes trois immenses passions: Le Cinéma. Je l'ai consommé, surconsommé, l'ai étudié, en fût diplômé, y ai travaillé, en fût récompensé, m'en suis retiré pour vivre dans une différente famille. La mienne, que je créais, alors. Mais je le surconsomme encore. On ne sort pas le cinéma de ma personne.
Je vous parle d'un film que j'ai souvent dans ma propre collection de films à la maison. Oui, je revisite plusieurs films. Le voir une première fois, c'est faire une rencontre, le revoir, c'est fréquenter un(e) ami(e). Je vous parle d'un film qui m'a rejoint par sa justesse, par son traitement, par son sujet, par son audace, par sa trame sonore, par sa réalisation, par son histoire, par ses interprètes, souvent, par tout ça. Bref, je vous parle d'un film dont j'ai aimé pas mal tous les choix.
Je vous parle cinéma.

Bob Rafelson avait comme oncle, un scénariste d'Hollywood. Très tôt, ça lui a donné envie d'être un enfant de la balle. Après avoir étudié la philosophie, au New Hampshire, avec le futur acteur/scénariste Buck Henry, il a fait son service militaire, positionné, au Japon, où il était DJ et traduisait les films japonais, tombant inévitablement en amour avec le cinéma de Kurosawa et surtout, celui de Ozu. Il consomme aussi Bergman et John Ford. Il est à l'école du cinéma.

Il se marie au milieu des années 50 et avec sa femme, ils auront deux enfants, dont le fils* sera producteur de quelques uns de ses films, pour Scorsese et Demme, aussi.
Bob travaille un temps pour la télé, et voulant faire un show axé sur la musique, incapable de retenir les services du Dave Clark Five ou des Lovin' Spoonful, sa compagnie de production choisit de construire The Monkees. Qui deviendra un gros show télé. Il tournera son premier film, co-scénarisé avec son ami, Jack Nicholson et les Monkees, avant de produire Easy Rider, The Last Picture Show et plus tard réaliser et produire The King of Marven Gardens, produire La Maman et la Putain de Jean Eustache, tourner et produire Stay Hungry , avec de jeunes Sally Field, Jeff Bridges et Arnold Schwarzenegger et tourner/adapter/produire The Postman Always Rigns Twice.

Mais comme second film, en 1970, Bob et l'actrice Carole Eastman, joignent leurs talents d'écriture afin de scénariser l'histoire d'un col bleu de l'industrie du pétrole, dont le talent de pianiste prodige est étouffé par son métier. Qu'il choisit de quitter quand il apprend que son père est sur le point de mourir.


Robert Eroica Dupea, dont le nom du milieu lui était donné en référence à la 3ème symphonie de Beethoven, était tout ça.



Dans l'intéressant rythme du film, la première moitié ne donne aucun indice sur la deuxième. L'ouverture de la seconde partie est très intéressante. Comme le début d'une nouvelle symphonie. Quand Bobby doit expliquer sa vie à son père, la scène est tout simplement bouleversante.

Bobby sent le besoin de fuir toutes ses vies.
Complexe, drôle, pathétique autant que nuancé, profond, ce type de scénario se trouve beaucoup plus rarement de nos jours.
Nommé aux Oscars de l'époque pour le meilleur acteur, le meilleur film, meilleure actrice de soutien (Karen Black) et meilleur scénario.
Bob Rafelson s'est éteint à l'âge de 89 ans, samedi le 23 juillet dernier.
*Il écrit aussi la chanson Open Your Heart pour Madonna, celui-là
