quand j'eus déposé le livre
je me suis dit que je l'avais détesté
en fait
j'avais surtout haï suzanne
et c'était peut-être
ce qu'essayait de me transmettre
l'auteure de ce roman
sa petite-fille
ou peut-être pas
toujours est-il que
je n'ai pas aimé suzanne meloche
je ne la connaissais pas
et je ne la connais toujours pas
autrement qu'à travers le filtre du roman
la femme qui fuit
mais je déteste son égoïsme
son désir de liberté
exercé
au détriment des siens
de sa fille abandonnée
et de son fils devenu fou
son désir de liberté mais aussi
la culpabilité à laquelle
elle n'arrive pas à faire face
au point d'en vouloir
à ses proches de lui rappeler sa fuite
avec ou sans preuve d'amour
et puis après j'y repense
le lendemain de ma lecture
je pense aux femmes
qui abandonnent leurs enfants
parce qu'elles n'ont pas les moyens de les élever
celles qui les abandonnent
tout en vivant avec
celles qui les font souffrir
celles qui les battent
celles qui les tuent
celles qui font semblant de les aimer
celles qui les vendent
et je me demande
si suzanne
n'a finalement pas été la plus responsable
d'entre toutes ces femmes incapables
de confier ses enfants qu'elle aimait
à des personnes plus compétentes qu'elle
alors qu'elle avait encore
toute son adolescence à vivre
pendant soixante-dix-ans
dans le fond
il m'a touchée ce roman
il me fait réfléchir un peu
et souffrir beaucoup
je n'aime pas les conflits
j'aime les conventions
j'aurais fait une très mauvaise suzanne
vous auriez détesté mon roman.
note : j'admire les signataires du refus global
et celle qui a failli en être
l'un n'empêche pas l'autre
mais incarner la liberté de créer
n'est pas synonyme de blesser des humains.