Quand je me suis lancé le défi de consacrer un Mois Thématique aux Femmes Japonaises, je pensais pouvoir trouver assez facilement des recueils de poétesses traduits en français, de la même manière qu’on trouve sans difficulté des œuvres de romancières japonaises publiées chez un grand nombre d’éditeurs français. Mais je me suis aperçue que ce n’était pas si simple…
Quoi qu’il en soit, je vous présente aujourd’hui des haïkus de poétesses japonaises du 20è siècle, que j’ai trouvés dans l’anthologie « La lune et moi« , parue chez Points en version bilingue, en 2011, et qui proviennent tous de la plus prestigieuse et célèbre revue japonaise de haïkus, Ashibi (L’Azalée), qui sont ici traduits du japonais par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku.
Comme je n’ai trouvé aucune notice biographique sur les haïjins présentées – pas même leurs dates de naissance – je vous livre seulement les poèmes signés du nom de leurs autrices.
PRINTEMPS
Les couleurs de l’arc-en-ciel
dans la mousse du shampooing –
Le printemps commence.
Chizuko Tokuda
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La neige printanière
se répand
pareille à des mots doux.
Fumiko Araï
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L’aube –
Par terre, des étamines
dessinent un chemin
Sachiko Itami
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D’une épine brillante
de mandarinier sauvage
naît un papillon.
Machiko Okamoto
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ETE
La pivoine à peine ouverte,
le présent
est déjà passé
Yuki Honda
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Nouvelles feuilles de cerisiers –
Mes anciens amis se rassemblent
sur les ruines de notre école
Haruo Mizuhara
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Ce garçon, ayant traversé
des roseaux verts en courant,
devient vent
Yuki Honda
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L’irrégulière réflexion
d’un verre vénitien –
Fin d’été
Oriko Nishikawa
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AUTOMNE
Chute des feuilles de ginko –
Tranquillement
le ciel forcit
Chieko Watanabe
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Le bruit de l’eau,
éclairé par la lune,
plus intense
Sueko Fuji’i
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Je donne à mon époux
la pomme cueillie tout à l’heure.
Suis-je une enfant d’Eve ?
Yôko Ichigatani
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Cigales d’automne –
Les lettres d’un défunt
restées dans le porte-lettres
Setsuko Shimizu
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HIVER
Quinte de toux –
Ma solitude dans la nuit
plus profonde
Fumiko Araï
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La corde à sauter
fait tournoyer
le soleil couchant.
Chizuko Tokuda
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Jusqu’à ce que mes cils
gèlent
je lève les yeux vers l’aurore.
Yôko Ichigatani
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Je travaille un peu
puis paresse plus longtemps –
Les jours rallongent…
Kazuko Senju
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