Pour les livres de Richard Palachak, c'est par ici : KALACHE, VODKA MAFIA, TOKAREV
Photo de Simon Woolf
Fragment 6
En pleine post-crise de la Covid, y'a pas moyen de foutre les panards en Slovaquie. Le test virologique de moins de quarante huit heures, à la rigueur... mais les trois jours de quarantaine dans un gymnase, faut pas abuser ! Du coup, les vacances estivales avec les gamins se font en Tchéquie, pays « frère » où j'ai du réseau et dont j'entrave à peu près la langue.
A notre arrivée au lac de Tchèbone, à une portée de pistolet de Linz en Autriche, j'apprends que la réservation de notre hôtel a été annulée. La réceptionniste me donne un bout de papelard avec un numéro de bigo. Suffoqué j'appelle illico le pélo concerné ; la pêche est grosse comme un camion slovène :
Le rodéo de Lambo restera dans les annales. : deux cent trente kilomètres-heure sur des départementales de campagne, un litron de sueur envolé par la tremblotte, et pas un mot durant le trajet. Lèoche me dépose devant une tour vitré de siège doré, puis il m'avoue qu'il ne peut pas venir avec moi, qu'il faut que je me présente à l'accueil et que je demande une certaine Kristina. Je serais alors guidé comme un chien par une saucisse. Courbant l'échine devant les instructions du bohémien, je pénètre dans un hall d'entrée sans fin dont la froideur et le plein de vide égalent nos églises en panne de bouffeurs d'hosties.
Au guichet tombal de l'entrée, l'hôtesse prend mon rencard et bigophone à la fameuse Kristina. Sans surprise, une bombasse débarque en tenue de working girl « exciting. » Elle m'accueille comme si j'étais un PDG de multinationale malgré mon crâne rasé, mes tatouages et ma touche de hooligan décérébré. Je la suis jusqu'au cinquantième étage du gratte-ciel, vadrouillant dans des salles en plan, des ascenseurs au boyaux vides et des couloirs à sec.
Une fois dans la carrée du scrutin,
la fille me donne un seul bulletin,
marqué du « oui. »
Je le glisse dans une urne en métal à l'allure de coffre-fort.
Et seul dans mes bottes,
chatouillé par le vent qui s'abat sur ma tête d'épingle,
j'agriche mes mille euros.
Richard Palachak
© Black-out