Je rêve, mais il n’y paraît pas.
Et je ne veux pas qu’il y paraisse.
J’aime que ma vie se déroule
En moi.
Intime, profonde, tel un sentiment
Dont on a la pudeur.
Volcan extérieurement
Si totalement éteint
Qu’un berger
Pourrait y faire paître ses brebis.
Mais, ensuite, les vers,
Fruits du rêve de cette même vie,
C’est presque à brûle-pourpoint que je les lance
Contre la sérénité de celui qui passe.
Alors ce n’est déjà plus moi qui témoigne
De la grâce
De la poésie :
C’est elle, prisonnière,
Qui, voyant la porte de la prison ouverte,
Telle une étincelle qui jaillit de la fournaise,
Se libère dans une furie agressive.
*
Biografia
Sonho, mas não parece.
Nem quero que pareça.
É por dentro que eu gosto que aconteça
A minha vida.
Íntima, funda, como um sentimento
De que se tem pudor.
Vulcão de exterior
Tão apagado,
Que um pastor
Possa sobre ele apascentar o gado.
Mas os versos, depois,
Frutos do sonho e dessa mesma vida,
É quase à queima-roupa que os atiro
Contra a serenidade de quem passa.
Então, já não sou eu que testemunho
A graça
Da poesia:
É ela, prisioneira,
Que, vendo a porta da prisão aberta,
Como chispa que salta da fogueira
Numa agressiva fúria se liberta.
***
Miguel Torga (1907-1995) – Orfeu rebelde (Coimbra, 1958) – Orphée rebelle (Pierre Mainard, 2014) – Traduit du portugais par Béatrice de Chavagnac.