Je vous parle d'un livre qui m'a plu par son sujet, ses choix, comme toujours, par son audace, sa créativité. par ce qui m'a ouvert les yeux et les sens. Lire c'est explorer le monde autrement. C'est alimenter sa tête. C'est naviguer dans de nouveaux horizons. C'est comprendre, affronter ou découvrir des mondes. Des univers.
Lire, ce n'est pas complètement travailler pour moi, qui suis traducteur, puisque je lis absolument tout le temps. Et partout. Je ne me rends pas toujours compte quand je lis et j'ai même pensé longtemps que je mourrais en traversant un coin de rue, un livre entre les yeux et non sur la voiture qui s'en vient. Lire, pour moi, c'est une extension de mes poumons.
LA BÊTE À SA MÈRE de DAVID GOUDREAULT
Goudreault est travailleur social, écrivain, poète, champion mondial slammeur, animateur d'ateliers d'écriture pour les gens en prison, compositeur de textes à chanson. David Goudreault est crissement bon.
Son personnage, sans nom, puisqu'il s'agit d'un jeune abandonné de la vie, qui passe de famille d'accueil en famille d'accueil cherche à retrouver sa mère. Mais il a éduqué par les livres, qu'il a consommé de manière vague puisqu'il passe son temps à citer erronément les auteurs, les titres et les noms. L'humour est une large part de l'écriture de Goudreault, travailleur social, je le répète, qui connaît trop bien le sujet dont il traite et le présente avec autant d'humour que de cruauté. Le personnage est fier psychopathe aspirant à devenir membre de la Mafia. Pour le moment toutefois, il veut de la tendresse qui lui a manqué de la part de sa mère et la trouve dans le coin de Sherbrooke, la harcelant avec toute la maladresse possible. Il se déniche un emploi à la SPCA, ce qui ouvre la porte à de la cruauté animale traité avec légèreté. Mais qui expose clairement la pathologie du personnage. Aussi amusant (souvent à son insu) que cruel, je le répète.
Les trois livres sont relativement courts. Ou se lisent très vite. Ou les deux. Ils sont formidables.
Goudreault est formidable.
Le deuxième tome se nomme La Bête et Sa Cage et le dernier La Bête à Abattre. J'ai ça chez moi en trilogie appelée La Bête Intégrale et j'ai dévoré les deux premiers.
Drôle, lucide, poètique, cruel, brutal.
Burlesque et coloré.
Joliment Québécois.