CHALLENGE CRITIQUE 2019
Vous avez remarqué et particulièrement apprécié une oeuvre ou un groupe d’oeuvres de l’exposition PICTURAL ? Que vous soyez amateur, plasticien, critique, apprenti – critique, étudiant, envoyez à [email protected] votre analyse argumentée sous fichier word de 1500/2000 mots maximum. Elle sera soumise à un comité de lecture composé de membres de l’Aica Caraïbe du Sud et de ( ou des ) artiste(s) concerné(s). L’article sera publié sur le blog de l’Aica après l’accord de l’artiste (ou des artistes concernés) et du comité de lecture. Cette proposition reste valable jusqu’à la clôture de l’exposition.

Jacqueline Fabien
Pourquoi ne pas peindre le tragique
200×390 cm
©Photo J.Zobel
Remarquer : Avoir le regard attiré par quelque chose, se rendre compte de quelque chose, distinguer une chose au milieu d’autres choses.
Apprécier : porter un jugement favorable sur une chose, en reconnaître la valeur, la qualité, l’importance.
Jacqueline Fabien
Pourquoi ne pas peindre le tragique 2
En visitant une exposition aussi dense, aussi intense que l’exposition PICTURAL proposée à la Fondation Clément, en cheminant d’œuvres en œuvres, de périodes en périodes, de styles en styles,on ne s’attend pas à ce qu’un choc émotionnel soit organisé par la commissaire Dominique BREBION et la scénographe Yvana VAÏTILINGON.
Or, en descendant dans la grande Nef, alors que vu d’en haut d’épaisses cimaises noires masquent volontairement une partie des œuvres, on se trouve, en pénétrant dans la salle, face à deux immenses triptyques dont le titre inscrit sur l’œuvre en lettres blanches majuscules « POURQUOI NE PAS PEINDRE LE TRAGIQUE ? »* ne laisse aucun doute quant au propos de l’artiste.
L’artiste, c’est Jacqueline FABIEN dont nous connaissons le parcours artistique et personnel, mais jamais le choc n’avait été aussi prégnant. Sans doute à cause des grands formats, sans doute par contraste avec les figures bariolées des Déracinés de Thierry CAUWET qui se balancent au premier plan, sans doute par l’opposition entre le triptyque à fond bleu foncé et celui à fond rose. Faut-il y voir une lueur d’espoir, une résilience ?
Nous reviendrons sur le détail de ces deux compositions car la surprise n’est pas terminée, les subtilités scénographiques se poursuivent quand on se retourne de l’autre côté de la salle où sont juxtaposées 5 toiles verticales, tropicalement colorées, avec 5 cocotiers/feux d’artifice épurés et flamboyants, dont l’auteur n’est autre que Jacqueline FABIEN qui nous offre là le cheminement de sa résilience personnelle. « Nous ne sommes pas des bâtisseurs de cathédrale »** peut être, mais ces cocotiers lumineux érigés comme des vitraux, exaltent la vie, « La Vie, bien sûr !, rien d’autre !!! » nous dit Jacqueline FABIEN en tête de son catalogue de l’exposition EXALTER de Tropiques Atrium en février 2018, même si ce polyptique date de 1988, avant l’irruption de la tragédie.
Le cœur alors empli d’espoir, de sérénité, on peut se retourner à nouveau et regarder, apprécier les deux triptyques tragiques.

Pourquoi ne pas peindre le tragique (détail) photo Vincent Gayraud
Dans le catalogue de l’exposition PICTURAL l’auteur nous parle de promenades à BASSE POINTE, mais la désolation du paysage évoque aussi NORD-PLAGE à MACOUBA *** dans le même secteur géographique ; il suffit de prolonger la promenade. La disparition de ce village est comme un écho à la disparition du jeune homme, à notre impermanence, des cases sont comme effacées, rayées, noyées sous les coulures de pluie ou de lave, des cocotiers décharnés, des lignes acérées et violentes. On est confronté à une figuration narrative mêlée d’expressionnisme.

Pourquoi ne pas peindre le tragique (détail) photo Vincent Gayraud
