Signez la pétition en défense de l'identité du vin italien

Publié le 30 juin 2008 par Armel
Pas de commentaire, je vous traduis le texte de la pétition "In difesa dell'identità del vino italiano" (en défense de l'identité du vin italien, donc).

"Les événements regardant les cas de violation présumée des règles du Brunello di Montalcino sont apparus lors de l'énième attaque contre la tipicité et l'histoire des vins italiens.

Ce sont les théoriciens de l'homologation, de la libéralisation sauvage appliquée à la viticulture, de cette modernité mal comprise qui voudrait que tout produit oenologique soit conforme aux canons de la recherche du marché, qui ont déclenché l'offensive. Mais qui sont ces personnes ? Sur Porthos 28, dans l'extrait "le monstrueux équivoque", il est question d'un véritable establishment, formé par des consultants, des caves industrielles, mais aussi des moyens et petits producteurs, des critiques et des leaders d'opinion. Ce qui les unit, c'est la conviction que le vin est le fruit d'un protocole applicable partout, mais, et ce n'est pas par hasard, beaucoup d'entre eux sont les meilleurs clients des industries chimiques et bio-technologiques.

Profitant d'un moment d'énorme confusion médiatique, ces messieurs nous expliquent que le problème ne vient pas de ceux qui fraudent - agissant ainsi en-dehors des termes de la loi, et dupant le consommateur - mais bel et bien le système entier de règles partagées. Ils parlent d'obsolescence des normes de production partagées, soutiennent l'inéluctabilité du recours aux cépages "améliorés" afin de rendre les vins italiens plus compétitifs, prétendent utiliser les dénominations les plus prestigieuses sans devoir respecter l'histoire, le traditions et le travail qui ont contribué à en générer le mythe.

Ils s'expriment quasiment toujours sans contradicteur et trouvent une ample caisse de résonnance dans divers organes de presse à diffusion nationale ; leurs déclarations prennent ainsi valeur de prescriptions indérogables pour la santé du secteur oenologique dans son entier.

Pour ceux qui, comme nous, considèrent le vin comme un bien culturel et une nourriture de l'esprit, tout cela est inacceptable. Les normes de production ont été créées dans le but de sauvegarder et garantir l'identité et l'intégrité des vins italiens. Dans les quarante dernières années, avec la complicité et l'inattention des autorités de contrôle, certains des territoires parmi les plus emblématiques ont été traités comme des réservoirs à remplir, occuper ou élargir jusqu'à la démesure. Dans de nombreux endroits, la vigne, de culture spécialisée, s'est transformée en culture dominante, supprimant variété et respiration dans le paysage. On a assisté à l'invasion de cépages allochtones avec pour objectif d'"améliorer" les spécialités italiennes et réaliser les produits plus faciles à consommer sans prendre garde au dépouillement de tout contenu auquel les vins ne seraient pas adaptés. L'establishment continue de modifier les normes sans aucune vision à long terme, mais photographiant de temps à autre les changements proposés par le marketing. Tout cela au nom d'un bénéfice économique immédiat et suivant les caprices du marché. Une grave erreur d'un point de vue éthique, mais aussi sur l'aspect économique : la standardisation de nos vins  a comme directe conséquence, sur le moyen-long terme, une chute des ventes et de l'attractivité touristique exercée par la zone de production.

Pour restituer la crédibilité de ces normes, et retrouver l'esprit qui les a générées, il faudrait mener une campagne restrictive, mettant à jour et améliorant les règles et les contrôles pour les adapter au nouveau système dont l'establishment use pour les contourner. Actuellement, les entreprises vinicoles peuvent utiliser des produits systémiques qui, progressivement, enlèvent vie à la terre et aux vignobles ; dans la réalisation des vins, il ne lésinent pas sur les levures, bactéries ou enzymes sélectionnés par la biotechonologie ;  en outre, certaines substances sont autorisées, justifiées par une supposée origine oenologique, aux fins d'ajuster la boisson. Tous ces agissements rendent vain le concept de territorialité.

Les ultimes lois ont autorisé les consortium de tutelle, formés par ces mêmes entreprises, à effectuer des vérifications quant à la correspondance entre les vins et leurs normes respectives, mais la situation ne s'est pas améliorée, compte tenu qu'en Italie, la production n'a pas encore atteint la matûrité suffisante pour un auto-contrôle sérieux. Le vin,  c'est du travail, du lien social, du commerce. La globalisation représente une opportunité quand elle permet de connaître et confronter les produits qui sont l'expression de territoires et de cultures différentes ; c'est en revanche un danger quand elle impose une perte de variété, l'avilissement de la territorialité, la substitution du travail et du savoir-faire paysan avec la manipulation industrielle et l'alchimie.

Pour cela, nous, qui produisons, racontons, faisons commerce, étudions, aimons le vin italien, réaffirmons notre oppsosition à quelque tentative que ce soit de dénaturer les dénominations, aussi bien à travers l'emploi des cépages alloctones qu'à travers des pratiques qui ont pour finalité de faire de notre vin quelque chose de différent de ce qu'il est. La force du vin italien réside dans sa complexité ; et dans la variété que représentent des ressources à valoriser, plutôt qu'à sacrifier au nom de présumées exigences de goût globalisé.

Nous proposons donc désormais de dédier un engagement encore plus important - qui se concrétise déjà grâce à l'amour avec lequel de nombreux signataires de cet appel organisent des manifestations,congrès, stages, cours et dégustations - à préparer des campagnes de sensibilisation et d'information pour la défense de l'identité ; de notre vin, convaincus qu'il s'agit de l'unique route à parcourir pour le soutenir et continuer de le faire aimer dans le monde entier."

Texte de Marco Arturi et Sandro Sangiorg

Voilà. Pour signer, c'est par ici. Compte tenu de la longueur du texte, je m'abstiens de tout commentaire, sachez seulement que j'ai signé la compétition, ce qui résume assez bien mon point de vue. 

Et si vous voulez la signer, c'est par là. Sinon, en haut à gauche de mon blog...