3. Un coup de gueule ? Ben non. Je regarde en arrière et je me dis que le boulot d’un expatrié, c’est de s’adapter. Ce que nous avons fait du mieux que nous avons pu. En fait, j’ai un regard beaucoup moins acerbe sur les Etats-Unis que sur la France. Sans doute par ignorance de ce qui s’y passe réellement. Sans doute parce que vivre dans un pays où l’on n'est pas né te fait te comporter différemment. Il y a quand même quelque chose qui est bouleversant, dans le sens péjoratif du terme, c’est la pauvreté et la misère que l’on retrouve à SF. Le quartier du Tenderloin en est un exemple frappant. Des sans domicile fixe errent littéralement dans les rues, la came est un fléau, peu de soins sont mis à leur disposition (et encore, San Francisco est un modèle aux Etats-Unis). Dans ce même quartier, circulent les bus de Google, Facebook et de toutes les multinationales de la Silicon Valley. Je crois que c’est quand même un truc auquel personne ne s’habitue. Aussi, le système médical que nous avons vécu sous deux angles différents. Un séjour aux urgences des pauvres et un autre à la maternité des riches. Je ne rentre pas dans les détails parce que ces histoires m’appartiennent mais ça suffit à résumer le constat-coup de gueule…
4. Prof aux USA, prof en France, même combat ?
Nan ! Mon expérience aux Etats-Unis m’a apporté beaucoup d’expériences enrichissantes, dont le
contact avec des profs d’autres origines. Mais travailler pour une école privée est une
expérience stressante, bien qu’enrichissante. Le truc, c’est que tu as un chef qui n’a pas du tout les
mêmes idées que toi sur l’éducation et qui pense à l’avenir de l’école pendant que toi, tu penses à
l’avenir des élèves. Ca fait un peu mielleux comme ça et un peu excessif aussi. Les chefs ont quand
même un intérêt pour leurs élèves. Mais cette liberté (relative) qu’ont les professeurs en France leur
permet de s’exprimer, d’innover et de laisser mariner leur pratique pour qu’elle gagne en
profondeur, en saveur, en efficacité.
Quand le progrès et l’évolution sont deux maîtres mots, c’est tout simplement contre-productif, comme si on tirait sur une plante pour qu’elle pousse plus vite. La classe inversée à tout va et le
blended learning comme seule motivation ne me conviennent pas et surtout sans parcimonie, pas
d’intérêt.
Je l’ai toujours dit, je n’étais pas prêt à perdre mes valeurs pour rester là-bas. Je ne les ai pas perdues,
mais je ne me suis pas fait que des amis…
5. A quelques mois de ton retour, encore dans le brouillard ?
Nous nous sommes posés mais l’expérience a été trop courte et nous souhaitons repartir. Nous
sommes dans une région jolie mais où il y a trop de parisiens. C'est très bien : c’est un moteur
pour repartir ! En fait, on évite de trop parler de SF, c’est un sujet épineux. Du coup, c’est comme un
lointain souvenir qui se noie dans le brouillard. « When you own the world, you're always home »
pourrait être mon slogan maintenant. Je préfère être pauvre loin que riche en France (et en région
parisienne n’en parlons même pas).
Le retour me fait quand même réaliser que ce que j’ai vécu, les gens que j’ai côtoyés et le pays dans
lequel j’ai passé trois ans, m’ont rendus bien plus fort, bien plus solide que je ne l’étais auparavant.
Je n’aurai pas épargné les vieux poncifs mais c’est vraiment ce que je ressens. Comme la musique !
La tension réduit et tout va mieux mais d’un autre côté, sans tension pas de réduction, pas de
musique (ou alors de la soupe). On est en phase de réduction, les accords s’enchaînent
tranquillement mais on attend un peu que les dissonances de l’expatrié reviennent…
C’est aussi un peu égoïste mais j’avais besoin de ces défis pour évoluer en tant que personne.
6. Avec Trump au pouvoir, tu y serais allé quand même ?
Alors c’est une excellente question. Je suis très intéressé par la politique mais je vois clairement que
ce n’est pas elle qui donnera les solutions à nos problèmes. En fait, je suis en train de penser comme
la plupart des français que je dois vivre ma vie malgré les politiques menées. Je reste curieux
concernant les décisions prises par les gouvernements des pays dans lesquels je vis mais j’essaie de
me faire une raison et d’avancer contre le courant.
Après tout un climato-sceptique à la tête des instances environnementales, ça me paraît tout à fait
logique quand on est climato-sceptique soi-même et qu’on souhaite faire de l’argent. Le peuple
n’est pas idiot, on s’en est aperçu récemment (Brexit, Trump, primaire de la droite…) Voyons où
cela nous mène et quelles conclusions en tirons-nous… Un ami américain est pourtant surpris qu’on
souhaite retourner là bas. Nous repartirions demain si nous pouvions…
