Quel millésime pour l’équipe de France 2016 ?

Publié le 06 juillet 2016 par Santamaria

Deux saisons de matches amicaux, avec leurs enjeux qui ne sont pas ceux de la compétition, ont livré d’autant moins d’enseignements sur l’équipe de France que les aléas – blessures, suspensions, méformes – ont finalement conduit à un groupe et des onze significativement remaniés. Les hasards du tirage au sort des poules et l’identité des qualifiés ne lui ont pas proposé d’adversaires prestigieux avant cette demi-finale, prolongeant encore l’incertitude. Hormis le quart de finale contre l’Islande, difficile à interpréter, elle n’a pas offert de match très accompli, ni arrêté de composition et de système clairs. Aussi est-ce, à la veille du rendez-vous de Marseille, son imprévisibilité qui la caractérise finalement le mieux…

Tant pis pour l’augure, mais le parcours de 2016 s’apparente plus à celui de la Coupe du monde 1982, qui avait proposé deux phases de groupe assez clémentes, avant de l’envoyer en demi-finale contre l’Allemagne, qu’à ceux de 1986 (Italie et Brésil avant la même demi-finale), 2000 (groupe « de la mort » avec les Pays-Bas, la République tchèque et le Danemark, puis Espagne en quart) ou 2006 (Espagne puis Brésil). Dans ces tournois-là, la France avait pu s’étalonner avant d’entrer le dernier carré, et elle avait laissé des traces pour l’histoire, celle de matches mémorables.

UNE SUITE À 2014

Cette fois, elle est devant une alternative : le retentissement d’une victoire contre l’Allemagne et d’une accession à la finale ou une élimination qui risque d’être aussi « froide » que celle de 2014 par le même adversaire. Entre les deux, l’éventualité d’une belle défaite, réinterprétation du Mundial espagnol, qui favorisait un bilan quand même positif… Mais plutôt que d’en revenir une énième fois à Séville, aussi inévitable (et sublime) soit la référence, il est plus simple de se placer dans le prolongement de la Coupe du monde au Brésil. Il y a deux ans, après la série de psychodrames des trois phases finales précédentes, l’objectif n’était pas entièrement sportif : il s’agissait de retrouver un peu de dignité et de présenter une image convenable.

L’atteinte de cet objectif, et le constat de la supériorité allemande (peut-être pas si nette, comme l’avait admis le sélectionneur lui-même), avaient satisfait tout le monde malgré la déception. Occultant au passage que l’élan pris en phase de poule (3-0 Honduras, 5-2 Suisse) s’était amoindri avec le dernier match de poule (0-0 face à l’Équateur) et une qualification beaucoup plus laborieuse qu’elle n’aurait dû contre le Nigeria en huitième (2-0). Les Bleus avaient ensuite manqué de foi et d’audace pour espérer bousculer les futurs champions du monde. On avait laissé Griezmann en larmes, sur la pelouse du Maracana.

L’INSTANT D’APRÈS

Ont-ils aujourd’hui, cette capacité à forcer leur destin ? Le 5-2 infligé à l’Islande a-t-il lancé une meilleure dynamique, marqué une progression en cours et l’affirmation – fût-ce dans la douleur – des meilleurs éléments tricolores ? Faute de le savoir encore, on recense des facteurs positifs plus immatériels : le fait de jouer à domicile et la ferveur du Vélodrome, l’expérience acquise en 2014, le désir d’une revanche… Certains choisiront d’ajouter à cette liste l’intimité de Didier Deschamps avec la providence, ou convoqueront le souvenir de la demi-finale de 1984 dans le même stade.

L’attente de cette demi-finale est longue, mais elle est délicieuse : cet intervalle entre deux tours, durant lequel on combat l’incertitude et l’anxiété par l’imagination, recèle toute la singularité d’une phase finale, le plaisir de se tenir en suspens avant le quitte ou double du match suivant. On pressent en tout cas que l’équipe de France ne pourra – voire ne devrait pas – franchir cette étape sans une part d’irrationnel, sans quelque chose d’épique. Pour nous payer en émotions. Et aussi pour voir la justice poétique du football accorder une réparation des déceptions passées.