François Hollande a su parler à tous les Français, afin de poursuivre
l’esprit de la marche républicaine du 11 janvier 2015. Encore faut-il avoir des choses concrètes à leur proposer…
Le Président de la République François Hollande a tenu sa cinquième conférence de presse très solennelle le
jeudi 5 février 2015 à l’Élysée. La dernière grande intervention publique où il s’était adressé aux Français, c’était le lundi 6 janvier 2015 sur France Inter pour une matinale qui n’a pas eu
l’effet médiatique espéré… en raison des attentats contre "Charlie Hebdo" deux jours plus tard. Et c’est un homme transformé par ce drame, selon
ses dires, qui s’est adressé. Un mois après cette tragédie nationale.
Si la solennité de l’exercice (debout devant un pupitre entouré de tout son gouvernement) n’a pas beaucoup
varié depuis 2012, il paraît désormais évident que François Hollande a enfin endossé l’autorité du chef de l’État et a réussi à montrer un esprit d’apaisement, celui qui a prévalu depuis ces
dernières semaines. Néanmoins, un Président de la République ne doit pas seulement être un arbitre, il doit aussi apporter des solutions, concrètes et précises, et de solutions nouvelles, ce
jeudi, il n’en a guère esquissé le début d’un commencement. Dans chaque domaine, il a voulu en effet rester dans cette idée de rassemblement entre les Français, si bien que l’immobilisme risque
de le caractériser.
Dans son introduction qui a duré seize minutes, soit nettement plus courte que d’habitude (il a commencé à 11
heures ce matin et a arrêté les questions exactement à 13 heures), François Hollande a tout de suite annoncé les rares éléments nouveaux de son mandat. Des mesures qui, a priori, sont toutes
consensuelles et ne constituent pas des pierres de polémique.
Une initiative surprise pour la paix en Ukraine
L’annonce la plus importante est évidemment sa décision de se rendre, dès la fin de sa conférence de presse,
à Kiev avec la Chancelière allemande Angela Merkel pour rencontrer le Président ukrainien Porochenko puis à Moscou le lendemain pour rencontrer le
Président russe Vladimir Poutine.
L’objectif, trouver enfin une solution politique à la crise en Ukraine dont la guerre civile tue de plus en
plus de personnes (plus de 5 000 depuis l’an dernier). François Hollande a ainsi déclaré qu’il n’était pas favorable à l’adhésion de l’Ukraine dans l’OTAN.
Renforcer le sentiment républicain
Revenant sur la lutte contre le terrorisme et sur la réaction aux attentats contre "Charlie Hebdo", François
Hollande a été très clair en insistant sur le fait que la France serait « intraitable » et « implacable » pour préserver la laïcité qui « n’est pas négociable » mais qu’elle serait
aussi « irréprochable pour la liberté et le droit ».
François Hollande avait mesuré dès le début de son mandat que la sécurité intérieure dépendait également de la sécurité extérieure, ce qui l’avait
convaincu d’intervenir au Mali le 11 janvier 2013 et au nord de l’Irak récement. Cependant, il refuse
toujours une intervention en Syrie, aux côtés de Bachar el-Assad, contre le Daech.
Pour renforcer l’idée d’appartenance à la République française dont la laïcité est l’une de ses valeurs, il a proposé l’instauration d’un service
civique universel de huit mois à partir du 1er juin 2015. Si cette mesure est intéressante, elle n’est pas suffisante si l’on souhaite un véritable mélange social : pour permettre
à tous les futurs citoyens de se sentir français, le service civique doit être nécessairement obligatoire, quitte à en raccourcir la durée, sinon, il y aura forcément ségrégation naturelle entre
ceux qui en feront un et ceux qui n’en feront pas. Par ailleurs, il a présenté aussi le principe de réserve citoyenne pour les "plus âgés" qui est une sorte de participation bénévole des
citoyens, sur la base du volontariat pour aider la République.
À quoi ce service et cette réserve serviront-ils vraiment, sans se substituer aux services sociaux ? C’est toute la mission du Ministre de la
Ville, de la Jeunesse et des Sports Patrick Kanner sur les épaules duquel beaucoup d’attente se fera.
Cette mesure ainsi que l’enseignement de la laïcité dans les écoles, la lutte contre l’illettrisme (ce n’est
pas nouveau !), si c’est louable, cela ne paraît pas suffisant pour lutter contre le djihadisme.
Construire plus de logements sociaux
Autre mesure aussi, celle du "peuplement", mot qui désigne en fait la loi SRU qui oblige les maires à
construire un seuil minimal de logements sociaux dans toutes les communes. L’idée serait entre autres de renforcer le pouvoir préfectoral ainsi que les sanctions en cas d’irrespect de ce
seuil.
Il y a déjà plusieurs années, j’avais souhaité que les maires qui ne respectaient pas cette loi fussent
déclarés inéligibles, car c’était le seul moyen pour faire respecter cette loi : les maires qui ne la respectent pas sont généralement approuvés par les électeurs et ne sont donc pas gênés
pour faire payer par leur commune les amendes éventuelles qu’ils risqueraient en n’appliquant pas la loi. L’inéligibilité serait donc à mon avis beaucoup plus efficace que des sanctions purement
financières (qui sont facilement budgétisées dans les communes riches).
Là encore, le discours présidentiel n’est qu’incantatoire : François Hollande veut plus de logements
mais la réalité est qu’il n’y a jamais eu aussi peu de logements neufs depuis 2012.
Rien sur l’économie, et arbitre sur la politique intérieure
Parmi les autres mesures annoncées, vraiment pas grand chose : un projet de loi sur le dialogue social,
l’enseignement du numérique dès l’école primaire (après avoir annoncé une tablette électronique à chaque élève dans sa précédente intervention).
Sur le plan politique, François Hollande n’a pas voulu explicitement apporter son soutien au candidat
socialiste (Frédéric Barbier) à l’élection législative partielle du Doubs dimanche prochain car il n’est pas chef de parti, mais il a rappelé malicieusement que lorsqu’il dirigeait le PS, il n’avait pas
hésité une seule seconde à appeler à voter pour Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 2002, pour faire barrage à un parti qui, aujourd’hui à Montbéliard, a l’une de ses candidates qui
croit à « l’évidente inégalité des races ».
Sur le plan institutionnel, François Hollande a cité « l’harmonie » qu’il vit avec son Premier
Ministre Manuel Valls pour expliquer que la fonction de Premier Ministre avait son utilité et a déclaré avoir renoncé à toute réforme
institutionnelle qui ne ferait pas consensus, considérant par exemple qu’un changement du mode de scrutin aux législatives n’était pas de
nature à défendre efficacement les valeurs républicaines. Ni non plus le droit de vote des
étrangers. Il a également exclu les statistiques ethniques qui ne correspondaient pas au principe
républicain de la France une et indivisible. Je me réjouis de ces déclarations comme je me suis réjoui de la volonté de rassemblement du gouvernement pour débattre de la fin de vie.
Apaisant mais sans solution
À la fin de son introduction, François Hollande avait déclaré : « Notre richesse principale, elle est dans le peuple français ! ». Le Président de la République a voulu ainsi jouer sur l’apaisement politique
et il y est parvenu. C’est cette attitude qui lui a permis de progresser d’un bond de 10 à 20% dans les sondages, il voudrait assurément
poursuivre cette remontée.
En revanche, il n’est toujours pas en mesure de convaincre les Français sur sa capacité à résoudre leur
problème numéro un, à savoir le chômage, en redynamisant l’économie (la loi Macron n'est qu'un nouvel outil pas vraiment décisif dans la bataille
de la mondialisation). La seule mesure que François Hollande a semblé sortir de sa poche pour retrouver la croissance et l’emploi, c’est de promettre qu’il ne se présenterait pas à sa réélection
en 2017 s’il n’avait pas su réduire le chômage d’ici là. C’est assez faible en terme d’efficacité économique !
C’est donc sans doute cela le nouvel hollandisme révolutionnaire : ne plus rien faire qui puisse
agresser les citoyens, ce qui est déjà une très bonne chose pour la cohésion nationale, mais cela ne renforce pas plus l’économie française ni assure le ciment social de plus en plus fragile dans
une société de plus en plus éclatée.
Cela évoqué, revenir sans cesse à "l’esprit du 11 janvier" ne me paraît pas très pertinent au-delà d’une
certaine période, celle du deuil. Ce que les Français souhaitent avant tout, c’est retrouver confiance en leur nation et regagner le chemin de la prospérité et de la paix sociale. On en est loin
encore…
Aussi sur le
blog.
Sylvain Rakotoarison (5 février 2015).
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Je suis Charlie.
Tout est possible en 2017...
Mathématiques militantes.
Le nouveau paradigme.
Interview présidentielle sur TF1 (6 novembre 2014).
Bientôt la proportionnelle intégrale ?
Quatrième conférence de presse de François
Hollande (18 septembre 2014).
Discours du Bourget de François Hollande (22 janvier
2012).
Confiance
étriquée pour Manuel Valls (16 septembre 2014).
La trace de François Hollande (14 juillet
2014).
Le couple Hollande-Valls.
Manuel Valls.
Le roi du monde (6 juin 2014).
Troisième conférence de presse de François Hollande (14 janvier 2014).
Une empathie combative ?
L’humour présidentiel à la
radio.
Jusqu’où
descendra-t-il ?
La
courbe du chômage…
Faut-il supprimer l’élection
présidentielle ?
La
République du couac …ou du non dit.
Interview présidentielle sur TF1 (15 septembre 2013).
Pourquoi il ne fallait pas voter pour Hollande ?
Aucune autorité
sur ses ministres.
Interview présidentielle du 14 juillet 2013.
Remous électoraux du
FN.
Première année du
quinquennat de François Hollande.
Deuxième conférence de presse de François Hollande (16 mai 2013).
Interview présidentielle sur France 2 (27 mars 2013).
Première conférence de presse de François Hollande (13
novembre 2012).
Interview présidentielle sur TF1 (9 septembre 2012).
Interview présidentielle sur France 2 (29 mai 2012).