#XynthiaPublié le 15/09/2014
par Cathy Lafon
Le procès de "l'affaire de la tempête Xynthia" qui a fait 29 morts à La Faute-sur-Mer (Vendée), dans la nuit du 27 au 28 février 2010, débute lundi. Le point sur le dossier et rappel des circonstances de la catastrophe
Les sauveteurs recherchent huit personnes encore portées disparues à La Faute-sur-Mer, le 2 mars 2010, trois jours après le passage de la tempête Xynthia.© PHOTO
ARCHIVES AFP FRANK PERRY
Le
"procès Xynthia" s'ouvre ce lundi au tribunal correctionnel des
Sables-d'Olonne (Vendée).René Marratier, ancien
maire de La Faute-sur-Mer, comparaît avec deux de ses adjoints devant le tribunal correctionnel pour
homicide involontaire, mise en danger de la vie d'autrui et manquement grave à l'obligation d'information des populations, aux côtés d'un
promoteur immobilier local, d'un fonctionnaire de l'ancienne Direction départementales de l'équipement et de deux entreprises ayant construit les maisons en zone inondable.
- Que reproche-t-on au maire ?
- René Marratier, le maire de La Faute-sur-Mer en Vendée, le 13 avril 2011.© PHOTO ARCHIVES AFP FRANK PERRY
Ce procès très particulier, lié à l'une des plus
grandes catastrophes naturellesen France depuis plusieurs décennies, devrait durer cinq semaines.
L'ex-mairede la petite commune
de
La Faute-sur-Mer (800 habitants permanents) encourt
cinq ans de prison, la commune n'ayant pas mis en place so
n plan de prévention du risque d'inondation (PPRI) et son
plan communal de sauvegarde (PCS).Le maire n'aurait pas non plus répondu à son obligation de mise en place de
repères de crue. On lui reproche également de ne pas avoir réalisé de
document d'information sur les risques majeurs (DICRIM), ni de diagnostic de vulnérabilité des habitations. Enfin, René Marratier aurait illégalement délivré des permis de construire en zone inondable et insuffisamment informé la population et les propriétaires des digues des risques, lors de l'arrivée de
la tempête Xynthiaqui a fait 29 morts dans la commune.
- 23 février 2010 : une tempête hors norme
Le
23 février 2010, les services météorologiques évoquent pour la première fois
une dépression, située
en plein cœur de l'Atlantique sur le tropique du
Cancer et susceptible de se transformer
en forte tempête. Le
25 février, des images prises par les satellites au large de l'archipel portugais de Madère, dans l'Atlantique subtropical
, laissent apparaître le creusement rapide de cette
dépression baptisée "Xynthia" par les météorologues allemands
, qui remonte peu à peu des
régions subtropicales vers
l'Europe.- 26 février : Xynthia atteint le Portugal
Le 26 février, le creusement rapide de la dépression et son potentiel «explosif» au sens météorologique du terme conduisent l
'Institut météorologique national portugais à émettre un bulletin d'alerte pour dix districts du nord du pays. La protection civile conseille aux habitants des régions du centre et du littoral de limiter les déplacements en raison de
rafales de vent estimées à plus de 160 km/h et de pluies soutenues.
Une première victime est signalée dans
la journée du 27 février : un enfant de 10 ans meurt écrasé par un arbre à Paredes, dans le district de Porto. Neuf personnes sont également blessées dans l'accident.
- 27 février : l'Espagne et la France en alerte rouge
Image satellite de la tempête Xynthia, le 28 février à 02h00 UTC.Après les
îles Canaries, les premières rafales de vent atteignent rapidement
les îles de Tenerife et de La Palma où des bourrasques de
120 km/h, 147 km/h et 160 km/h sont enregistrées. Xynthia touche
la Galice dans le courant de l'
après-midi du 27 février, avec localement des pointes de vent à
196 km/h. Au Pays basque espagnol, les principaux médias diffusent des messages incitant les habitants à rester chez eux et donnant des consignes en cas d'urgence.
La tempête menace désormais la France dont les
services météoplacent
quatre départements en alerte rouge (niveau maximum) dans la journée du 27 février :
la Charente-Maritime, la Vendée, les Deux-Sèvres et la Vienne. Au total,
69 départements sont placés en vigilance orange. C'est la deuxième fois qu'un avis de vigilance rouge est mis en place pour des vents violents depuis la mise en place du dispositif dans l'Hexagone en 2001, après les tempêtes
Lothar et Martin de décembre 1999. Dans la soirée du 27, Xynthia s'abat sur le
golfe de Gascogne, pendant qu'à Orduña, au Pays Basque espagnol, on enregistre des
pointes de vent à 228 km/h...
- Nuit du 27 au 28 février : Xynthia dévaste l'Ouest de la France
Carte vigilance Xynthia, nuit du 28 février 2010.© PHOTO LA CHAINE MÉTÉOC'est durant la nuit du 27 au 28 février et une partie de la journée du 28, que
Xynthia se déchaine sur la façade ouest de la France, frappée de plein fouet par la tempête.
Météo-France avait bien prévu la tempête et les habitants s'étaient préparés à subir des vents violents, comme en 1999, mais la montée des eaux n'avaient pas été anticipée… Si des rafales de vent à 160 km/h en Charente-Maritime (Île de Ré), voire 200 km/h sur les crêtes des Pyrénées (242 km/h au pic du Midi) sont enregistrées localement, c'est la submersion du littoral par l'océan qui fera le plus de dégâts.
- La submersion du littoral
Le camping d'Aytré inondé après le passage de Xynthia, le 1er mars 2010.© PHOTO ARCHIVES AFP XAVIER LEOTYEn France, la tempête arrive au
pire moment sur la côte atlantique. Associées à des
marées de fort coefficient (102), les puissantes rafales de vent et des vagues hautes de plusieurs mètres provoquent, durant la nuit, un phénomène de
surcote et l'inondation des terres basses par l'océan. Les conséquences sont dramatiques en
Vendée et Charente-Maritime où les vents très violents qui soufflent jusqu'à 160 km/h, provoquent une rapide montée des eaux. Les digues rompues, la mer submerge les côtes de la Vendée (La Tranche-sur-Mer, L'Aiguillon-sur-Mer, La Faute-sur-Mer), Charente-Maritime (Aytré, Fouras, Châtelaillon-Plage, Boyardville, La Rochelle) et de la Gironde (Andernos-les-Bains, Cap Ferret). Les îles d'Oléron, de Ré, d'Aix et l'île Madame sont particulièrement touchées. Sur l'île de Ré, les digues cèdent en plusieurs points et les communes de La Couarde, Saint-Clément-des-Baleines et des Portes-en-Ré sont en partie inondées. Les villages de la côte nord, dotés de ports, subissent également l'intrusion de la mer, principalement à La Flotte et àCharron (Charente-Maritime) où l'on déplore respectivement deux et trois décès.
- Le piège mortel de La Faute-sur-Mer
Les habitants des maisons construites dans les terres situées sous le niveau de la mer sont
surpris dans leur sommeil par la montée des eaux. En dépit des secours, au
matin du 28 février, le bilan des victimes de la tempêteest particulièrement élevé dans le
grand Sud-Ouest où l'on dénombre
35 mortsdans le seul département de la
Vendée,
12 dans le département de la
Charente-Maritime, 2 dans les
Pyrénées-Atlantiques et
1 dans les
Hautes-Pyrénées. La petite commune de
La Faute-sur-Mer en Vendée paie le plus lourd tribut à la violence de la tempête :
29 personnes ont trouvé la mortdans une zone située à un mètre sous le niveau de la mer, en contrebas de la digue du fleuve côtier Lay. Parmi elles, beaucoup de retraités mais aussi certains de leurs petits-enfants en vacances, qui ont été piégés durant la nuit dans leurs maisons construites récemment dans la
"cuvette mortifère", cette zone submersible. 47 personnes ont également été blessées et 762 autres évacuées.
Dès le lendemain du passage de Xynthia,
la polémique a fait rage sur ces maisons construites en zone inondable. Par sécurité, l'
État a racheté 700 maisons (à La Faute-sur-Mer et à L'Aiguillon-sur-Mer, de l'autre côté de l'estuaire) pour
les raser. Le chantier a démarré en mars 2011
. La zone pavillonnaire de La Faute-sur-Mer, aujourd'hui nettoyée, est désormais
strictement inconstructible. Après la catastrophe,
la politique de prévention des risques a en outre été renforcée. La
ministre de l'Écologied'alors,
Nathalie Kosciusko-Morizet, a ainsi présenté en
février 2011 un plan de prévention des inondations et des submersions maritimes. Il s'agissait surtout de renforcer les digues sur le littoral français, d'améliorer les systèmes de prévision et d'alerte et de durcir les règles concernant les constructions situées en zone inondable.
A La Faute-sur-Mer, l'État a racheté et détruit 472 maisons pour un coût de 118 millions d'euros.© PHOTO ARCHIVES XAVIER LEOTYAprès
trois ans et demi d'instruction, c'est un
procès aux enjeux nationauxqui s'ouvre ce lundi aux Sables d'Olonne où sont attendus de nombreux experts. Il devrait devrait durer jusqu'en octobre. Plus d'une
centaine de personnes proches des victimes dont l'avocate n'est autre que
Corinne Lepage, l'eurodéputée écologiste, constituées en association -
l'Association des victimes des inondations de La Faute-sur-Mer (Avif) - se sont
portées partie civile.
- A VOIR AUSSI SUR LE NET : la vidéo "Spéciale Tempête Xynthia" réalisé par l'INA