"Fatigué d’être soi". Voilà une formule qui titillerait dans sa tombe Jean-Paul Sartre en personne, car il n’est d’enfer plus destructeur pour l’Homme que celui que chacun engendre en lui-même. Dépression, burn-out, syndrome borderline ou encore anxiété chronique : autant de "surchauffes" neuronales manifestes d’une brûlure de l’âme, en réaction à ce "moi" idéal devenu trop lourd à porter. Chacun ses tics, chacun ses tocs : jusqu’à ce que le fardeau vire à l’infarctus. C’est le triste constat que porte le philosophe Byung-Chul Han sur notre "société de la fatigue", dont l’excès de positivité a fini par user le sujet "plus vite qu’une roue de hamster qui roule inévitablement sur elle-même". Yes we can, disait-on pourtant : comme si l’impératif de perfection n’a fait qu’enfanter des ratés chroniques.
