Evocations
« Dresse-toi et endosse ton feuillage.»
Viens, comme le Chevalier Vert à Gauvain au début
de la nouvelle année…
hors de son creux chêneux :
claret chante coucou !
Bouge à vitesse printanière & végétale,
cosse & bardane & herbe frissonnante, bosquet… vocal dans le vent…
(« le bruissement des feuilles et
les chants d’oiseaux indiquant sa présence ici »)
coucou !
(« en ce jour nous à ton
signal les nommerons Hommes Verts, tout couverts d’os verts »)
coucou !
(« j’écoutai le coucou dans le lierre grimpant,
j’ai écouté les notes des oiseaux
à la crête du chêne bruissant,
le clair coucou »)
coucou !
coucou !
Dresse-toi comme soleil : cornu de cerf…
barbu de verdure… l’artère feuillue pulsant
dans ta gorge. Bourgeonnant entier de flammèches, & bigarré
d’oiseaux dans tes bras & cheveux. « Dresse-toi,
& endosse ton feuillage ! »
Extrait de : Ronald Johnson : The Book of the Green Man, 1967. Réédition Light and Dust 2001. Traduit de l’anglais (américain) par Jean-René Lassalle.
Evocations
`Rise, and put on your foliage'.
Come, as the Green Knight to Gawain at the beginning
of the new year. . .
out of his oaken crevice:
lhude sing cuccu!
Move with a spring & vegetable swiftness,
seed-case & burr & tremulous grasses, a grove. . .vocal in the wind. . .
(`the rustling of the leaves and
the songs of birds denoting his presence there')
cuckoo!
(`at thes day we in ye
sign call them Green Men, covered with green bones')
cuckoo!
(`I have listened to the cuckoo in the ivy-tree,
I have listened to the note of the birds
in the crest of the rustling oak,
loud cuckoo')
cuckoo!
cuckoo!
Rise as the sun: antlered. . .
bearded with greenery. . .the leaf-vein pulsing
in your throat. Budded all over with small flame, & motley
with birds in your hair & arms. Rise,
& put on your foliage!
Extrait de : Ronald Johnson : The Book of the Green Man, 1967. Réédition : Light and Dust 2001.
Travée 30 : Le Jardin
« Faire comme Adam fit »
à travers l’éclat fluoré du crépuscule Mercure en périhélie
(trois rotations précises pendant
deux révolutions autour du soleil)
jusqu’au pied de Pluton redresser la pente à chaque plan
et construire un jardin du cerveau.
Éternités interconnectées, entrecoupées
de cyprès
fendent l’air encerclé autour des mille pommes exhibées.
Niches au point de flamme orbent en pivot d’orbe, les Muses s’élancent au centre
tournant. Phospheros arborescens elles chantent
du sens
les cristallines clartés sonnées
à en faucher genoux
(ou écarlate rose trémière sur un proche ciel bleu).
Le plein œil point ne décèle de fin aux fontaines perdues entre les fourrés.
Etoiles fixes
engorgent lilas de lucioles.
Le divin est délicat marteleur.
Ruche d’or sur grise matière
Il tape synapse (« portant vers » « emportant vers »)
immense pigne de bronze maillée de lune sur un horizon
d’ensoleillés jets d’eau, peupliers argentés. Tous
troublés dans étang.
Littéralement un ruissellement :
forme-prend-main-
-pour-forme
(Cela Qui Nous Saisit)
pilier après pilier la grande arche de danse dans tout ce qui
est ou était ou sera, à 3 temps. Ce sera une clairière
en amont d’un courant
et un gnomon résonnant avant de déployer espaces radiodiffusant
essaims de résiliences dans l’atmosphère
d’où nous sommes –
ou fûmes.
ou serons, quand le composite esprit
humain sera célébration.
Les cloisons, qui bloquaient les ailes
d’un houx multiniveaux, s’ouvrent
sur cavernes d’atomes échangeant leurs zéniths
de mouvement périodique, vaste glissement hélicoïdal :
voûtement d’artères
battant leurs têtes contre l’obscur.
Ceci est le corps de lumière.
Verticalement en accord chromatique arpégé
- élision élyséenne –
j’avais bâti, dans un rêve, un palais, un château, ou des
grottes
au long des lignes de la vision.
Cher Jardin :
c’est ainsi que commence le monde, commence le mot.
À travers l’ici
où croissent ensemble le galax et l’aster,
j’ai planté l’Ombre qui illumine le Champ des Scintillants
Opposés :
ange arc-en-ciel
flocons de neige
J’ai entrepris un temple comme si hiérarchies de musique
battaient contre un temps devenu adagio, c’est l’Étang Secret où nous
retournons, non à la pierre
mais au monde derrière son humain
miroir.
Ainsi commence le mot, commence le monde,
arrachant l’ancien ineffable à la fabuleuse girafe blanche de Bosch
- ou St Rousseau
résolue symétrie de moustache.
L’amour même est manière de mirage nidifiant
le tout. Autour d’un centre
dont personne ne voit l’extrémité, au Puits du Sans-Fond,
j’ai placé des parallèles de gardiens radieux
« accompagnant le trille
du Rossignol,
et l’appel de la caille d’Europe »
comme en La Pastorale.
(Soussigné) LE JARDINIER
P.S.
« Je l’ai réfracté par prismes, et reflété dans des Corps qui au Jour prenaient d’autres couleurs ; je l’ai intercepté par le film coloré de l’Air, interposant deux plaques de verres compressées ; l’ai transmis au travers de Médiums colorés, et dans des Médiums irradiés d’autres sortes de Rayons, puis l’ai diversement interrompu ; et jamais ne pus en produire une seule nouvelle couleur. Mais le plus surprenant, merveilleuse composition, en était
la Blancheur. »
Extrait de : Ronald Johnson : ARK, 1996. Réédition : Flood, 2013. Traduit de l’anglais (américain) par Jean-René Lassalle.