Les rencontres d’après minuit // De Yann Gonzalez. Avec Kate Moran, Niels Schneider et Alain Fabien Delon.
Parler de la solitude, de la sexualité, de la vieillesse, des rapports de couple, etc. n’est pas ce qu’il y a de plus facile mais Yann Gonzalez tente de raconter ça avec ses
mots, tantôt crus, tantôt poétiques, au sein d’un huis clos assez singulier. Afin de mettre tout cela en boîte, il prend pour lieu de rencontre le living room d’un couple qui, pour tromper la
monotonie de leur couple, invite plusieurs personnes pour participer à une orgie. Ce film est âpre, a commencer par sa manière d’aborder la sexualité. Les rencontres d’après
minuit est très libéré de ce point de vue là. On ne parle plus de sexualité mais de relations, de plaisirs. Il est rare qu’un film ne mette pas en avant une sexualité. Car ici le but
n’est pas de faire le distinguo entre homosexualité, hétérosexuel, etc. mais bel et bien de mettre en scène le plaisir et la manière dont il peut se manifester. Pour ce faire, le film utilise un
ton très narré où les personnages nous racontent tous une petite histoire de leur passé. La mise en scène de ce passé est toujours très poétique, lumineuse et onirique. Ce voyage pour les sens a
beau être étrange, il n’en reste pas moins fascinant.
Au cœur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante travestie préparent une orgie. Sont attendus La Chienne, La Star, L’Etalon et L’Adolescent.
Les rencontres d’après minuit n’est pas un film commun. Il ressemble énormément à une composition mélangeant les genres mais tout cela est fait avec une telle singularité. Pour
tout vous dire je m’attendais à détester ce film, notamment car je n’aime pas aimer les films élevés au rang de chef d’oeuvre par cette fausse élite bobo parisienne. Et puis je ne suis pas un
bobo, crotte ! Mais disons que ce qui m’a plu dans ce film c’est la manière dont il raconte son histoire terrible. Celle d’un couple perdu dans la monotonie. Cela arrive à tous les couples de
vouloir pimenter leur sexualité, soit par des objets, soit par des personnes. Ici nous avons un palmarès représentatif des fantasmes sexuels. D’un côté l’homme au sexe immense, de l’autre la
nympho, ensuite la star (sous entendu l’actrice vedette - Fabienne Babe étant une ancienne vedette du cinéma d’auteur des années 80 -) et enfin l’adolescent pour sa chair
fraîche. L’orgie en elle-même est assez étonnante, surtout qu’elle survient à un moment de deuil. Tout, de la musique à la douceur de la musique, participe à donner à cette scène sa beauté. Mais
elle ne dure pas, car le but n’est pas de montrer du sexe, juste de parler des relations.
Et de ce point de vue là, Les rencontres d’après minuit ne fait pas d’erreurs. Le film fait également un rapport avec la vieillesse. Aussi bien au travers de la sexualité qui
s’amenuise au fil des années chez un couple qu’au travers de cette « star » qui n’est plus de première fraîcheur. En utilisant un ton poétique et bourré de lyrisme, le film nous invite
dans un rêve aussi fascinant qu’étrange. Je ne pense pas qu’il faille aller cherche plus loin. Surtout que Yann Gonzalez assume pleinement le ton de son film et c’est à mon
humble avis ce qui en fait une réussite. Les rencontres d’après minuit est dû, triste même (c’est tout de même un film très déprimant) mais le mélange fait quelque chose de si
différent de tout ce que l’on a l’habitude de voir au cinéma que l’on ne peut pas passer à côté d’une telle oeuvre. Par ailleurs, je pense que Alain Delon a dû faire une crise
cardiaque en voyant son fils embrasser un homme dans ce film, et plus particulière Niels Schneider (que j’avais pu voir sous les traits de Télémaque dans
Odysseus par exemple).
Note : 8/10. En bref, un film singulier, onirique et doté d’une réflexion profond sur les rapports de couple, la sexualité, la vieillesse et la solitude. Un OVNI.
Date de sortie : 13 novembre 2013