Papier cadeau

Publié le 24 décembre 2013 par Jlhuss

C’est parti Mon Chéri et autres douceurs à sa mémère dans leur écrin thermoformé en plastique gold. Cohortes de Pyrénéens sur Quality street, bataillons de Ferreros dorés et pyramides d’apéricucu goût saumon. Partout pendouillent les guirlandes iridescentes, comme des perruques de meneuse Crasy ; les loupiottes intermittentes font scintiller les paillettes à gogo, les pères Noël cambriolent les façades des pavillons et les balcons des résidences. Sur une aube de papier-cadeau et de bolduc, les comètes de sapin et autres étoiles bergères lancent leurs feux et leurs traînes rubanées.

Dès le 27, cette foire de Noël promène déjà sa mélancolie jusqu’à la galette ! La caravane de kitcherie est dans la place, elle a déployé ses fastes de pacotille, ses fanfreluches apatantes, ses nains bûcherons de crème au beurre, sa super-gagnotte de la française des jeux. Les petits coeurs ont partout palpité de convoitise. Quelle joie dans l’enfance que cette quincaille racoleuse, ô combien désirable ! L’odeur acidulée de l’emballage, le crissement euphorisant du papier Crystal derrière lequel des poupées goût fraise, des poneys magiques et des super héros brillent comme des friandises aux sourires de sucre. Bienvenue coffrets découverte, cuvée prestige, offres exceptionnelles, numéros spéciaux. À nous la grosse dinde, et ses galanteries en terrines, à nous la bonne chère, son énorme bourriche et ses petits boudins. Vive le tendre chapon, l’esturgeon de Gironde, le gigot d’autruche, la cuisse de cerf. Depuis début décembre, un calendrier de l’Avent versus Pirelli ou Dieux du Stade (vive les vestiaires…), s’égrène sur nos chapelets charcutiers, nos rosaires truffés et autres achats compulsifs. Quel plaisir cette attente, ce présent anticipé, ces retrouvailles, païennes, joyeuses, bachiques presque, au creux de l’hiver et du froid (certains voient en Bacchus une préfiguration de Jésus, principe Théo/Sophie de renouveau, intercesseur, véhicule). Quelques jours de restes au frigo et de grasses matinées, à prier St Yorre pour oublier, et voici le réveillon. Un bouillon de santé et nous voilà sur notre 31, dansant entre nostalgie et euphorie, sur la tombe de l’année passée et courant plus vite encore vers notre année prochaine. A peine saisis, nos désirs s’effilochent, glissés sous une couverture chauffante de frangipane, les voici bien empâtés, bien couronnés, bien taris. Dehors, les nuits de janvier brillent comme des lames, dévorent des lunes de porcelaine, figent les brins d’herbe noire. Bientôt pensées et violettes refleuriront avec nos envies, les numéros minceur, les spécial détox, la numérologie ouzbek et l’année du… Cochon ! Totem d’une année d’abondance, ou tout sera rose et bon ?

L'ANACHRONIQUEUSE