“Tu vas pouvoir me faire ma maison plus tard!” (ma vie d'étudiante en archi #1)

Publié le 28 avril 2013 par Patchulea @Patchulea
Si les derniers temps je n'ai pas pu consacrer du temps à mon blog, c'est pour une raison bien simple : MES ÉTUDES. Je suis en deuxième année à l'ENSAS (l'école d'architecture de Strasbourg) et — hm, comment dire — ce sont des études très prenantes. Comme mon article Vis ma vie d'étudiante fauchée semble vous avoir bien fait marrer (ah c'est beau de rire de la misère des autres hein! ah bravo hein!), je me suis dit que j'allais continuer sur ma lancée et vous faire une sorte de "Vis ma vie d'étudiante en architecture" (toujours fauchée, donc). Parce que croyez-moi, c'est assez épique…
Photo du blocus de l'ENSA Toulouse en 2011 trouvée sur le groupe facebook de Primo Archi

#1 LES CHARRETTES

"Être charrette", en architecture, ça signifie être en retard pour le rendu d'un projet. L’expression vient des étudiants architectes aux Beaux-Arts qui, lorsqu’ils rendaient leurs loges - exercices de projet en une journée -, transportaient leur rendu depuis leurs ateliers jusqu’à la salle des rendus (actuel Palais des études) avec des charrettes de quatre-saisons, sur lesquelles ils finissaient leurs dessins inachevés pendant le trajet. (merci Wiki) Et quand on est étudiant en architecture, les charrettes, on connais : seul ou en groupe, au thé ou au café, récit d'une épopée…

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Dédicace à mes copines de galère (et partenaires de charrettes) Maud, Majda et Morgane !
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Quand tu es acceptée en école d'architecture, qu'on te raconte que tu vas faire plein de nuit blanche mais que tu es persuadée que toi ça t'arriveras pas, tu es quelqu'un d'organisé et d'efficace, pas comme tout ces loosers. (elle est mignone)
Quand tu as connu ta première charrette et que tu prends conscience que ça va être ta viepour les 5 prochaines années (mais non je rigole… pour les 40 prochaines années).
Quand CETTE FOIS CI, tu seras pas charrette, tu vas directement t'y mettre en rentrant des cours ce soir (ou ouais nan vaudrait mieux laisser l'idée-géniale pendant une nuit encore).
Quand le prof suggère au dernier moment qu'il pourrait être "intéressant" de faire une coupe de détail technique pour montrer ceci ou cela.
Quand le prof te propose de changer un élement essentiel de ton projet pour "créer une nouvelle spatialité", "un espace plus généreux", "une tension entre la séquence d'entrée et les toilettes", "un dialogue entre la feuillure de la fenêtre et le giron des marches" (WTFFFF?)
Quand c'est la dernière correction avant le rendu final, qu'il y a visiblement quelque chose qui ne plaitpas au prof mais qu'il ne sait pas quoi (ou ne veux pas te le dire).
Quand au dernier moment, tu décides de changer un élément important de ton projet.
Quand on te dit "moi ça va, j'ai quasiment fini" et que toi il te reste… tout.
Et quand, pour changer, t'es pas charrette et que presque toute la promo l'est. (oui ça m'arrive parfois) (okay juste une fois) (si c'est vrai)
Quand une fois de plus tu as VRAIMENT sous-estimée le temps qu'il te faudrait pour cette $¨ù*?£#@! de maquette.
Quand tu démarres tes croquis d'ambiance à 4h30.
Quand il devrait être illégal de tracer du bardage au 1/200e (coucou les traits de 0,1mm tous les mm) (j'ai du perdre 2/10ème à chaque oeil cette nuit là) (j'exagère à peine) (sérieux)
Quand, au comble du désespoir (et de la fatigue) tu prends des risques inconsidérés (… tiens, je pourrais mettre de l'aquarelle sur mon plan / du vernis corail sur ma maquette / ...)
Quand tu vois tout ce qu'il te reste à faire et que tu te demandes comment je vais faire pour rester éveillée.
Quand tu passes une soirée à bosser en atelier avec le reste de la promo.
Quand un ami non-archi te demande "t'es en charrette…encore? HAHA"
Quand sur le groupe de ta promo, quelqu'un suggère qu'on "se mette tous d'accord pour les arbres des maquettes pour que ce soit plus uniforme"
Quand ta mère t'appelle et te dis "j'espère que tu prends le temps de te reposer quand même hein"
Version groupe : Quand on passe notre soirée à découper du carton en chantant du Natasha St-Pierre.
Quand pendant une fraction de seconde, tu crois que tu as fait toute ta maquette à l'envers, tu commences à paniquer et à voir ta vie défiler devant tes yeux… et tu retournes ton calque.
Quand tu te rends compte que tu as mal calculé la surface des chambres et que les lits ne pourront pas dépasser 1,40m de long.
Quand tu coupes une pièce et que tu te rends compte qu'elle n'est pas bien dimensionnée. Que tu en coupes une nouvelle. En gardant les mêmes fausses dimensions. 
Quand une bête conversion d'échelle te fait perdre la boule.
Quand tu bois du thé noir infusé pendant 47 min (tu l'avais oublié)
Version groupe : Quand il est 3h du mat', que tu perds tout espoir de finir cette charrette vivante et que tes partenaires de projet doivent te rebooster.
Version groupe : Quand il est 3h07 du mat et que c'est à ton tour de les rebooster.
Quand la pièce que tu as découpé est un poil trop petite mais que tu as la flemme de la redécouper et que le trou devient une "fente verticale" pour apporter une lumière un peu mystique, 'voyez.
Quand les 3/4 de la promo est charrette aimerait décaller la date du rendu… et qu'il y en a toujours une pour dire "ah non mais moi j'ai fini mon boulot je vois pas pourquoi on devrait décaler hein"
Quand quelqu'un de ta promo te dit "woh je suis creuvé hier soir j'ai charreté jusqu'à DEUX HEURES DU MAT"
Quand tu es en mode "chignon gras, teint luisant, vieux jogging et sciure de carton partout" dans ta chambre qui sent la colle et que ta coloc invite des amis.
Quand finalement, tu sors vivante de ta charrette (et même que parfois t'as droit à une bonne nuit de 4h avant le rendu)
Et quand je rentre chez mes parents après une charette.
Dans le prochain épisode : les rendus ! Stay tuned ;)
A très vite !♡ Léa