Staline, de François Kersaudy

Publié le 26 septembre 2012 par Copeau @Contrepoints

Une nouvelle biographie de Staline est parue en mai 2012 (chez Perrin). Deux choses effraient, connues, mais analysées avec insistance par l’auteur : la cruauté et l’aveuglement de Staline.

Par Jean-Baptiste Noé.

Staline, de François Kersaudy (Perrin, 2012)

Staline fait encore frémir, et suscite encore de l’admiration chez des partisans nombreux. Voici une nouvelle biographie du tyran soviétique qui permet à ceux qui en doutent, de comprendre que non seulement ce fut un homme sanguinaire, mais qu’en plus il fut un piètre homme politique.

François Kersaudy est un de nos grands spécialistes de la Seconde Guerre mondiale. Il a publié une biographie de Churchill et de Hitler, il a écrit sur les liens entre Roosevelt et de Gaulle, il a publié les mémoires de Churchill. Cette année, il nous parle d’un autre maître de la guerre, Staline.

Commençons par féliciter Perrin pour le remarquable travail d’édition que constitue cette collection consacrée aux « Maîtres de Guerre ». L’illustration est d’une grande richesse, avec des cartes en couleur des principales batailles, avec des documents instructifs, comme des photos des combats, des portraits des protagonistes, des affiches et des documents de propagande. Cette iconographie, inédite pour un livre d’histoire, approfondit la compréhension de la vie de Staline, et met le lecteur en rapport avec des sources, base du travail de l’historien. À l’heure du livre numérique, les éditions Perrin montrent, par ce beau travail, que le livre papier conserve encore un sens, s’il est bien utilisé.

La vie de Staline que nous raconte l’auteur est surtout centrée sur la guerre, car c’est le thème de la collection. Mais les années de jeunesse, la prise du pouvoir, et les activités politiques d’avant-guerre ne sont pas oubliées. Deux choses effraient, connues, mais analysées avec insistance par l’auteur : la cruauté et l’aveuglement de Staline.

Cruauté, et François Kersaudy explique le déroulement et l’enjeu des purges et des arrestations arbitraires, qui ont causé la mort de dizaines de milliers de personnes, parmi lesquelles de très nombreux officiers. Cruauté de Staline quand celui-ci donne des ordres contradictoires, parfois impossibles à tenir, et qu’il sanctionne par la mort ceux qui ne lui obéissent pas.

Aveuglement, car Staline a toujours refusé de croire les rapports qui lui annonçaient une attaque imminente de l’Allemagne. Aveuglement dans sa façon de mener la guerre, où il prit des décisions absurdes, qui ont conduit à des échecs retentissants. Aveuglement, dans sa façon de s’obstiner dans le crime, au mépris de la vie humaine et de l’intérêt de son pays.

Cet aveuglement stalinien renvoie au propre aveuglement des Occidentaux qui ont refusé de voir la réalité du régime avant-guerre, qui ont glorifié le maître de guerre qui n’a jamais su tenir un fusil, qui ont magnifié le petit père des peuples, qui a transformé son pays en camp de concentration. Cela renvoie aussi à l’aveuglement des foules qui, encore aujourd'hui en Russie, brandissent le portrait de Staline, en mémoire d’une période de gloire qui n’existe que dans les consciences déformées.

Cet aveuglement conduit à une question insistante et terrible : comment un tel régime terroriste a-t-il pu fonctionner et perdurer ? Il a fallu le consentement actif d’hommes proche du dictateur qui, par leur application stricte des ordres donnés, ont permis le maintien du régime. S’il y avait eu un seul refus de commettre le crime, parmi les hommes de haut rang, le régime serait tombé. Il n’en fut rien. En Russie comme en France, personne n’a osé lever le voile sur la réalité d’un enfer. Pourquoi ? Voilà une question qui ne peut que hanter les esprits après avoir refermé cette biographie.

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François Kersaudy, Staline, Perrin, 2012, 21€. (Lien Amazon)