
Une fois, j'avais été délégué pour représenter mon patron qui ne pouvait s'y rendre. J'étais content, je comptais, en soirée, partir à la chasse à la Stronach. Non seulement était-elle très appétissante à l'oeil mais aussi très très riche.
Arrivés par avion en matinée, nous étions tombés en réunion dès 9h. On nous avait bouclé dans un bureau avec une "psychologue d'entreprise", une vraie connerie. C'était en fait une espionne pour le big boss, une flaireuse de troublemaker. Elle avait tenté de nous faire dénoncer des choses parfaitement idiotes, voires inventées. On l'avait mise en poste pour rendre des compte de la plèbe.

Quand un Québécois s'était risqué à demander si on allait manger à un certain moment, les anglos l'avaient tous jugés comme "déplacé" on l'avait tous senti. La "psy" nous avait laissé commander de la pizza comme si c'était une faveur. Il faut aussi dire qu'ils étaient tous plus ou moins gras aussi et qu'ils avaient peut-être de bonnes réserves.




On se félicitait surtout d'être Québécois. Il y avait un minimum de vie et de personnalité dans nos représentants québécois. Même parmi ceux qui dansaient sur Shania Twain. Les canadiens étaient d'un beige...religieux...
Sortez du Québec pour aller disons en Europe ou ailleurs et vous deviendrez officiellement Canadien. Mais sortez du Québec pour aller tout juste à côté, au Canada, et ce sera difficile de se reconnaître en eux. On est franchement deux pays. Je comprend tout à fait ceux qui, de l'extérieur, confondent Canada et États-Unis. Pour nous aussi la ligne est très mince. Ce ne sont pas des mauvais bougres. Mais ce ne sont pas nous. Notre Canada nous est parfaitement étranger. Encore plus aujourd'hui avec Harper.

Ce qui est "drôle" c'est qu'une large part du Canada anglais entretient un sévère mépris à notre égard. Mépris qui trouve sa source dans une profonde ignorance (entretenue) de ce que nous sommes. La revue canadienne MacLean's l'a encore prouvée cette année avec des articles couvrant le conflit étudiant au Québec qui avaient un dangereux parti pris contre, non pas juste les étudiants, mais la francophonie aussi.

Partout au monde ce serait du racisme mais ici c'est en kiosque et autour du water cooler. Et acceptable.
Bientôt je l'espère, on n'aura même pas besoin de se séparer du Canada, c'est peut-être le Canada lui-même qui voudra nous larguer.
Mais pourquoi réèllement se soucier d'un voisin dont on n'a franchement rien à cirer? pas même envie de mépriser parce que l'énergie pour le faire serait ainsi vainement gaspillé? C'est ce que ma collègue (unilingue anglophone de surcroît, ce qui est tout à son honneur) et moi avions convenu ce soir-là.
Près de 10 ans plus tard, c'est toujours vrai.

Bélinda & Franck nous auraient-ils regardés avec mépris si ils nous avaient trouvés sur leur terrain ce soir-là?
J'aurais quand même fumé la cigarette d'après l'amour avec Belinda si j'avais pu.
Savourant ses courbes dans les veloutes bleues de la nuit.
Mon Canada, c'est le cul de Belinda.
On a de l'humour au Québec, aujourd'hui c'est la fête du déménagement.
C'est aussi la fête du Canada.