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SOS Fantômes

Publié le 12 octobre 2011 par Dalecooper
.SOS Fantômes
Délaissant quelque peu nos obligations professionnelles, qui, hélas, n'ont rien de fantomatique, on s'est concentré ses derniers jours sur l'écoute de Ghost People, le dernier opus de l'ex-junglist mais toujours maousse Martyn.Se voulant un hommage aux hommes de l'ombre que constituent djs et producteurs techno ( les ghost peole donc), l'oeuvre entend  défendre une certaine vision de l'orthodoxie underground à rebours de la starification dont certains passeurs de disques  font l'objet , ces derniers dénaturant l'aspect impersonnel consubstantiel aux origines du mouvement rave (techno faceless bollocks !).En cela, l'ambition du disque consiste à proposer une vaste archéologie musicale qui partirait des racines Chicago/Detroit pour rejoindre un certain esprit post-dubstep tout en passant par les chemins tortueux de la drum'n'bass. Mais si l'album nous intéresse, c'est avant tout parce qu'il réactive effectivement la figure du fantôme , sorte de double inversé du zombie (l'un est une âme sans corps , l'autre un corps sans âme) avec qui il forme un binôme qui semble obséder la dance-music depuis les années 90.A la fois métaphore du son et de son créateur , l'ectoplasme concentre toutes les contradictions inhérentes à la musique électronique : initialement produite pour générer de puissants stimuli auxquels seule une réaction physique peut répondre (euh, la danse par exemple ?), elle souffre d'un déficit d'incarnation du à sa conception (ordinateur,bibliothèque de samples) , sa distribution (white labels anonymes, mp3s) et son esthétique (minimaliste) . La techno a donc besoin du corps de ses auditeurs pour exister pleinement ce dont Martyn semble avoir conscience .Loin de jouer les passes-muraille , ses morceaux s'inscrivent ainsi dans le concret : ça racle, ça crisse, ça cisaille , ça taillade , bref ça éprouve le réel grâce à une production qui laisse les beats cliniques et les nappes proprettes à d'autres (trop nombreux en ce moment pour être mentionnés).Dès lors, Ghost People fait bien plus que payer son tribut aux pionniers de la house , il revitalise littéralement tous ces fantômes du passé en leur offrant une nouvelle enveloppe corporelle, seul moyen pour transmettre leur message aux générations futures. Celle-ci, façonnée à partir des préceptes musicaux de la bass music, notamment de la jungle ,démontre une nouvelle fois que seule la culture breakbeat peut encore ressusciter la techno comme en témoigne la forte influence Metalheadzqui irrigue les meilleurs moments de l'album (Masks et Popgun  entre autres).Non exempt de faiblesses, Ghost People a donc toutefois l'immense mérite de nous rendre à nouveau intelligible la voix de tant de disparus qui ont hanté nombre de nos nuits.
Martyn - 'Ghost People' LP Exclusive Stream by Mixmag
 

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