Le mérite de la Biennale de Lyon cette année (jusqu’au 31 décembre) est que venant après deux éditions décevantes (l’une absolument catastrophique et l’autre trop vite montée) elle ose d’abord utiliser ce mot tabou, la beauté, honni des critiques contemporains (ceux là mêmes qui applaudissaient la biennale 2007 : deux d'entre eux affirmant l'an dernier face à Obalk et moi dans ce débat -vers 1h, 1h15- : "je n'ai jamais écrit 'C'est beau'; la beauté n'est pas un critère"). Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades, nous qui voulions encore croire à la beauté, en plus du concept, du questionnant, du formel, de l’altermoderne et tout ça, nous qui voulions aussi sentir et pas seulement penser, nous trouvons là –enfin – de la poésie et de la finesse, de la subtilité et de l’émotion, de la beauté, aussi terrible soit-elle. Oh, pas partout, certes, les salles du MAC sont parfois trop remplies d’œuvres purement autoréférentielles et hermétiques (ainsi Sarah Pierce) et de dessins en impasse, et la préface du catalogue comprend, parmi cent autres citations, cette phrase effrayante dans son absurde fatuité « ''Qu’est-ce qu’un début ?'' s’interrogeait Louis Althusser avant d’étrangler son épouse » : vous avouerez qu’ayant lu cela, on se sent aussitôt plus intelligent. Mais qu’importe ! La plus belle salle au MAC confronte la construction rigoureuse de dessins de Giacometti cent fois retravaillés au point que leur papier se fronce, avec la fluidité douce de Marlene Dumas, le tout emporté par la folie noire envahissante et contagieuse de Cildo Meireles qui bouscule tout et vous fait chavirer (La Bruja). On peut aussi y goûter la longue revisite par Ayreen Anastas, René Gabri et François Bucher du film de Jean Rouch et Edgar Morin en 1961, Chroniques d’un été, ou bien s’attarder dans la salle de contraintes et de manipulations d’Eva Kotàktova, The Re-education machine, où des livres sont pendus, noyés, torturés, ou encore rester longtemps fasciné devant One, film ‘musical’ de John Cage et Henning Lohner, simple effet de lumière d’une troublante beauté.




Ailleurs toujours dans la Sucrière, si les sempiternels Bismuth et Froment ne se renouvellent guère, il faut voir la vidéo poétique de Julien Discrit qui charme et hypnotise. Et on peut conclure avec la plus courte pièce de théâtre de Samuel Beckett, Breath, un simple souffle, un simple cri, sur un fond de détritus, tragique.

Le dernier lieu, l’usine TASE, fait dans le spectaculaire : Jorge Macchi y a reconstruit, au milieu de cette friche industrielle, les jardins de Marienbad, incongrus au

Restent à voir les expositions périphériques, mais, dans l’ensemble, cette Biennale est une réussite, elle remet Lyon sur la carte comme il y a six ans.
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