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Jean-Paul Philippe – Archéologies intérieures

Publié le 08 juin 2011 par Elisabeth1

« J’ai mieux compris pourquoi je me suis un jour éloigné de la peinture, j’étais devant un mur, il me fallait passer derrière pour mieux le contourner et c’était le début d’une promenade. »
Jean-Paul Philippe

Jean-Paul Philippe – Archéologies intérieures

   Jean-Paul Philippe 

C’est bien ainsi que l’on s’imagine un artiste sculpteur de surcroît, le visage buriné, la tignasse grise, bouclée en bataille, les lunettes portées sur le bout du nez, font penser à un nain « très »travailleur de Blanche-Neige, peu bavard en public, il signe avec modestie son catalogue, son autoportrait est tout à fait fidèle.

C'est à l'espace d'Art Contemporain Fernet Branca que vous pouvez voir l'oeuvre de ce véritable poète, dans la cour : une énorme échelle, plantée sur une surface en miroir tente d’attraper les nuages, nuages qu’elle finit par attraper à la fin du vernissage du 4 juin.
Le Président de la commission artistique et Commissaire de l'exposition Gérard Cahn, présenta l'artiste, en préambule. Vernissage qui débuta tout en émotion et grâce à l’introduction musicale composée par Jean Claude Andre directeur du conservatoire de musique de St Louis, pour l’occasion adaptée, à l’oeuvre  "Les dessous du ciel ou l’attrape nuage" - "Passé et présent, face au miroir du temps"

Jean-Paul Philippe  né en France en 1944, très tôt se consacre à la peinture. Dès l'age de 16 ans il fréquente les Beaux-Arts de Paris, sans jamais vouloir se lier à un atelier d'un  maître. En 1960 un premier voyage en Italie le marque profondément et le décide à séjourner à Florence, l'année suivante  il travaille au Cabinet des Dessins du Musée des Offices. Dès lors il voyage. Par nécessité et curiosité il pratique diverses disciplines.
C'est vers 1973 que la sculpture devient le médium privilégié d'une œuvre libre, qui ne se réclame d'aucun groupe, école ou système: une archéologie intérieure où seuls les rencontres et les voyages laissent apparaître leurs empreintes. Une œuvre qui s'adapte aussi aux contraintes de la réalisation monumentale liées à l'espace public et qui trouve là une de ses raisons d'être.
Cette œuvre s'accomplit de l'intimité de l'atelier à l'espace public, de dessins en sculptures, de réalisations en milieu urbain ou bien liées à l'environnement naturel. Plusieurs manifestations, notamment à la galerie Jeanne-Bucher à Paris, des expositions dans divers musées en France et à l'étranger, quelques interventions monumentales et publiques ont pu rendre compte de ce geste, qui ne cherche rien d'autre que la complicité d'un regard et d'un corps, entre oubli et mémoire, pierres et papiers, absence et présence.

« Je ne pensais plus montrer un jour ces peintures du métro. Gérard Cahn, lors de sa visite à Sienne, m’a convaincu d’en faire le préambule de l’exposition. Elles sont pour moi d’un autre temps. D’un temps d’avant les cailloux… En ce temps là, j’étais peintre et les wagons du métro étaient verts et rouges. Première et seconde classe ! »
« Dans l’enfance, ce sont les mots qui m’incitèrent à dessiner, peindre ou sculpter. Les mots, je n’osais pas les employer. Ils appartenaient aux autres, je les écoutais, muet. Et je voulais le rester. Plus tard, délaissant la peinture, je pensais m’affranchir des affres du choix entre telle et telle couleur et naïvement je pensais que mener à bien une forme, elle finirait par s’habiller elle-même de la lumière et des couleurs de la vie. J’ai vite déchanté. La variété des pierres est infinie, infinies leurs couleurs. La vanité du sculpteur tout autant. Et le choix toujours plus tyrannique. Comment raconter le passage de la peinture à la sculpture, d’une discipline à une autre ? De la couleur à la forme, d’être dans l’espace et non plus devant. »

Jean-Paul Philippe – Archéologies intérieures

   Jean-Paul Philippe - de l'Absence 1988 et l'Inclinée 1987"

J’essaie de rester attentif aux pierres et à l’écoute de leurs propositions de pierres, heureux, captif de la bouleversante beauté des carrières, abandonnées ou actives. C’est parfois parmi les blocs silencieux, entre leur masse, que l’air décide et dessine une forme désirée. Il reste à traduire cette apparition, faire de la poussière et sans trahir ce silence minéral. Du bric à brac de la mémoire s’échappent formes et signes, un alphabet intime. Un petit répertoire de formes qu’il faut articuler. J’invente un espace ou cherche à s’installer l’histoire que je me raconte. Depuis le Site transitoire, ce qui me tient à cœur, c’est de proposer une promenade, un lieu à traverser, où la forme primordiale où tout se joue ne serait faite que d’air : les pierres, les bornes de cet espace. L’entrée y est libre.

   Cette exposition à Saint-Louis est une invitation au voyage, à ma petite déambulation au hasard des rencontres avec quelques pierres, quelques êtres. Voilà cinquante ans et un peu plus de fréquents allers et retours entre la France et l’Italie, depuis le premier voyage en 1960 en compagnie de mon frère qui vient de s’absenter pour toujours, et à qui je dédie cette exposition. Si de chaque côté des Alpes, de funestes bouffons parfois embrument le paysage, qui en a vu bien d’autres, je cultive encore le bonheur de cette balade buissonnière entre les deux pays, souhaitant que perdure cet échange d’émotions que prodigue cette promenade."
Les toiles peintes des années 1972, les dessins sur marbre, répondent avec bonheur aux  nombreuses sculptures, la scénographie composée par Guschti Vonville fonctionne à merveille et invite parfaitement l’amateur à s’élancer dans un parcours jalonné autant de grandes pièces que de sculptures plus petites ou encore de petites « boîtes » très poétiques, de marelles  qu'elles soient de trottoirs,  en marbre, en bâche, en papier, en pierre,  verticales, horizontales, de couleurs, les titres des oeuvres eux mêmes invitent à la rêverie "Petit autel à la  lune - Chariot Sedia - La Tour du dessous - De l'Absence - l'Inclinée - Sédia - Pieta ".
On ne peut que répondre présent à son invitation à la promenade.

Je vous renvoie à l'article de Pierre-Louis Cereja, qui parle avec intelligence et admiration de l'oeuvre de Jean-Paul Philippe.

jusqu'au 11 décembre 2011

Espace d’Art Contemporain Fernet Branca2, rue du Ballon  
68300 Saint-Louis  
tel :   03 89 69 10 77
fax:   03 89 67 63 77
email :   [email protected]

Consultez le site pour les visites guidées.

Ouverture
tous les jours, de 14h00 à 19h00
sauf lundi et mardi

photos elisabeth itti

  


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