À l’occasion du centenaire de la naissance de René Daumal, pour lui rendre hommage nous publions deux poèmes extraits de son premier recueil publié, Le Contre-Ciel.
Il suffit d’un mot
Nomme si tu peux ton
ombre, ta peur
et montre-lui le tour de sa tête,
le tour de ton monde et si tu peux
prononce-le, le mot des catastrophes,
si tu oses rompre ce silence
tissé de rires muets, — si tu oses
sans complices casser la boule,
déchirer la trame,
tout seul, tout seul, et plante là tes yeux
et viens aveugle vers la nuit,
viens vers ta mort qui ne te voit pas,
seul si tu oses rompre la nuit
pavée de prunelles mortes,
sans complices si tu oses
seul venir nu vers la mère des morts
dans le cœur de son cœur ta prunelle repose
écoute-la
t’appeler : mon enfant,
écoute-la t’appeler par ton nom.
•
Je vais renaître
sans cœur,
toujours dans le même univers,
toujours portant la même tête,
les mêmes mains,
peut-être changées de couleurs,
mais cela même ne me consolerait point.
Je
serai cruel et seul
et je mangerai des couleuvres
et des insectes crus.
Je ne
parlerai à personne,
sinon en paroles d’insectes
ou de couleuvres nues,
en mots qui vivront et riront malgré moi.
René Daumal, Le Contre-Ciel, suivi de Les dernières paroles du poète, préface de Claudio Rugafiori, Poésie/Gallimard, 1968, p. 61 et 75.
Contribution de Tristan Hordé
Bio-bibliographie de René Daumal
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