Alors qu’un accord sur les modalités de l’intervention militaire en Libye, suivi immédiatement des premières frappes aériennes, a été trouvé au sommet de Paris convoqué d’urgence samedi dernier, l’initiative élyséenne d’engager la France à la tête d’une coalition internationale devrait politiquement profiter à Nicolas Sarkozy et interdire, pour le moment, tout questionnement sur sa candidature aux prochaines élections présidentielles. Cette décision relègue d’ailleurs au second plan le résultat des élections cantonales. Dans les termes où elle a été annoncée par Nicolas Sarkozy, elle risque néanmoins de créer un précédent embarrassant pour tous les peuples en mal de démocratie.
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Quid des manifestants violemment réprimés en Syrie?
Galvanisé sur le fond du dossier libyen, Nicolas Sarkozy a néanmoins trébuché sur la forme : à la veille d’un Conseil européen des chefs d’Etats et de Gouvernement censé définir la position commune de l’Europe, l’Elysée a pris de court ses partenaires en annonçant unilatéralement la reconnaissance par la France du Conseil National de Transition, incarnant l’opposition libyenne. A cette occasion, Nicolas Sarkozy a également court-circuité son Ministre des affaires étrangères. On regrettera enfin, malgré son caractère peut-être décisif, une impulsion donnée par un philosophe plus à l’aise sur les plateaux de télévision que dans les états-majors en charge de planifier de délicates opérations. Le Président de la République a semble-t-il, tiré cette fois-ci les leçons de son vrai-faux succès diplomatique en août 2008 lorsqu’il négocia en solo les termes d’un cessez-le-feu entre la Géorgie et la Russie. Cessez-le feu imprécis et rédigé dans la précipitation, ce dont le kremlin sut tirer profit. « Action collective, contributions différenciées », précise le communiqué final de la réunion de Paris. Seule interrogation: qui commande vraiment cette opération? La chaîne Aljazeera fait état d'une concurrence entre Américains et Français sur ce point.Reste que la volonté présidentielle affichée de contrer « la folie meurtrière d’un régime qui assassine son peuple », selon les paroles solennelles du chef de l’Etat à l’issue de la réunion de Paris, pourrait créer un précédent embarrassant : quid demain des sanglantes répressions en Syrie -ou dans d’autres pays- de manifestants eux aussi « en danger de mort » ? « Décidée à assumer son rôle, son rôle devant l’Histoire », a déclaré Nicolas Sarkozy, la France qui revendique cette « conscience universelle qui ne peut tolérer de tels crimes », sera-t-elle encore au rendez-vous ?
Jean-Luc Vannier, le 20/03/2011