Ils sont nombreux, scrutant la route, en attendant les arrivées des vols depuis l'Europe. Des taxis forment de longues lignes jaunes. Mais ces oiseaux migrateurs que sont les touristes boudent encore la Tunisie. Or, 400.000 emplois directs et quasiment autant indirectement, dépendent de l'économie touristique. Pour un pays qui compte 10 millions d'habitants, où le chômage vous laisse sans revenu, le sens du mot ATTENTE retrouve sa force. Petite enquête à Hammamet...

Mes pas me conduisent vers "la bella Marina". Je m’offre un couscous royal et, après avoir réglé ma note, je bavarde avec les propriétaires du lieu. Abdelkader et Zied Khamri. Deux frères qui croient dans l’avenir de leur pays. Abdelkader, l’aîné avait ouvert un fastfood en 1997 grâce à l’aide de son père "j’ai travaillé un peu puis, en 2002 j’ai fermé six mois pour tout transformer. Je devinais que les touristes attendaient autre chose. J’ai pris contact avec des tours opérateurs et le hasard a fait que j’ai obtenu ma licence pour vendre de l’alcool". Le hasard ou le bakchich ? "Bien sûr sous le régime Ben Ali il fallait payer mais moi j’ai eu la chance d’avoir un client qui déjeunait dans mon restaurant deux fois par semaine et qui m’a obtenu la licence sans que j’aie à payer". Hasard et chance mais aussi beaucoup d’investissement personnel "en période touristique, l’été, nous employons une vingtaine de personnes et nous sommes ouverts de 10h du matin à 2h du matin". La révolution qui est passée par là a fait baisser le nombre de salarié de 20 à 8 personnes, ce qui n’empêche pas Abdelkader et Zied d’affirmer haut et fort "la Révolution est une très bonne chose. C’est un nouveau pays qui vient de naître mais qui laisse aussi parler ses racines". Zied s’est associé à son frère en 2009 après avoir obtenu une maîtrise de comptabilité. C’est lui qui évoque la suite "sans reprise touristique nous pouvons tenir… 3 mois… peut-être 5 mois… mais les touristes vont revenir. J’en suis certain. C’est dur maintenant mais nous récolterons les fruits de la révolution et dites aux Français que je les invite à venir dans un pays où une révolution a fait tomber une dictature !" Zied sourit et conclut l’entretien en déclarant "Retour au palace où, par souci d’économies, les couloirs menant aux chambres ne sont qu’à demi éclairés. Dans cet hôtel superbe mais injustement déserté je pense à l’ambiance des films d’Hitchkock et me dis que si les révolutions ont du bon elles peuvent aussi pénaliser le peuple. Injustement. Et sans fondement. La Tunisie n’a jamais été aussi belle : elle vient d’enfanter un avenir à construire.
Optimiste avec une pointe d’inquiétude.
Hammamet, mars 2011 Autres articles avec des tags similaires
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Lydia Chabert-Dalix, le 14/03/2011