Le concept de cet album a germé dans la tête de Raekwon juste avant la sorti de 8 Diagrams du Wu-Tang Clan : produire un album estampillé Wu-Tang SANS RZA, à qui on lui reprochait de trop asseoir son contrôle sur la troupe de guerriers de Staten Island. Par ce crime de lèse-majesté, Raekwon est par conséquent devenu le chef de la rébellion Shaolin en se soulevant contre l'Abbé du Clan.
Depuis cet affront, la réputation de Rae ne s'est que consolidée ces dernières années par son multiples sollicitations dans le rap game (jusqu'à figurer sur le remix de Justin hum Bieber...) et son nouveau classique Only Built 4 Cuban Linx 2 (lire la chronique). Le moment était propice pour lancer son attaque avec Shaolin vs Wu-Tang.

L'autre point fort de Shaolin vs Wu-Tang, et c'en était un des objets, ce sont les collaborations. Ses deux assassins du Wu-Massacre (lire la chronique), Method Man et Ghostface, se taillent le bout de viande avec leurs lames. Quelques artistes conviés sont pour le moins prestigieux apportent une plus-value appréciable à l'album : Busta Rhymes plus en forme que jamais (« Crane Style »), Lloyd Banks (« Last Trip to Scotland »), Black Thought des Roots (« Masters of our Fate »), et même Rick Ross impressionne sur (« Molasses »). Cependant c'est sur ce point-là que le bât blesse aussi. Inspectah Deck est très décevant sur « Chop Chop Ninja » déjà gâché par un beat faible et le refrain inadapté d'Estelle, les couplets de Nas sont datés (« Rich & Black »), Jim Jones et l'autotune de Kobe dispensables sur le terrible « Rock'N Roll ». Raheem Devaughn aussi peine à convaincre en jouant son falsetto à la Curtis Mayfield sur « From The Hills », sa prestation semble inappropriée.
Mais aucun d'eux ne brille autant que le chef Raekwon. Il connaît toutes les stratégies de l'art de la guerre et ses techniques du ninjutsu, très classiques et parfois éprouvées, sont assassines. Il maîtrise son art comme personne. Ses opérations en solo versus le Wu-Tang sont parmi les plus meurtrières (« Ferryboat Killers », « Dart School », « Butter Knives », « Snake Pond »...) et ses refrains sonnent comme des exécutions. Pour l'après, Raekwon prophétise sur « Every Soldier in the Hood » avec cette phrase : « Cuban Linx III comin' / Don't know when but time's runnin' ».
