Ce matin, en écoutant les nouvelles, j'apprends que le cinéaste
Blake Edwards est mort, à 88 ans. Tout le monde rend hommage au réalisateur des "Panthère Rose", avec l'inspecteur Clouseau, c'est très bien. Quant à moi, j'ai un gros coup de
blues (je veux dire de "mean reds", cf. plus bas) en me souvenant que deux de mes films préférés, Breakfast at Tiffany's (1961) et The Party (1968) sont de
Blake Edwards. Et bien sûr, c'est à... Audrey Hepburn, mon actrice fétiche, que je pense aujourd'hui.
Vous vous en foutez un peu, mais Audrey Hepburn, dans Breakfast at Tiffany’s, c'est mon premier choc amoureux au cinéma. Une de mes premières escapades parisiennes, à 14 ou 15 ans, dans une de ces salles du quartier latin qui projettent des vieux films. Ok, je sais, ce bolg n'est pas un bolg sur le ciména, mais je voulais y aller de ma petite nostalgie. Pour ça, je n'ai rien trouvé de mieux que de recycler un article pondu il y a quelques années, quand j'avais racheté le DVD, et que j'avais publié sur un site aujourd'hui disparu. Lisez-le. Ou pas. Si ça vous donne envie d'aller voir le film, alors mon petit hommage à Blake Edwards aura servi à quelque chose.

J’ai donc revu Breakfast at Tiffany’s. 20 ans après. Malgré les avertissements de certains, revoir un film qu’on a tant aimé, des années après, ne conduit pas forcément à la déception... Il faut dire que je ne me rappelais plus que quelques images, des flashs, et l’histoire est plus intéressante qu’elle n’y paraît... Adaptée d’un roman de Truman Capote (qui a également écrit "De sang froid"), elle raconte comment une jeune New Yorkaise, appelée Holly Golightly, cherche à mener sa vie comme une fête permanente, et trouve dans la légèreté le moyen d’échapper aux pesanteurs quotidiennes et à leur lot d’angoisses. Le film débute sur la longue scène énigmatique où la jeune femme, habillée en Givenchy de pied en cap, contemple les vitrines du bijoutier Tiffany’s, dans une 5e avenue matinale et déserte, tout en grignotant un croissant... puis hèle un taxi et rentre chez elle.


La scène de la party et les gags discrets à la parfaite synchronisation (exemple : Holly fout le feu avec son fume-cigarette au chapeau d’une rombière, puis l’éteint en renversant un cocktail, le tout sans s’en apercevoir) me rappelle que le réalisateur est Blake Edwards, le génial réalisateur de "The Party" et des "Panthère Rose", avec Peter Sellers. Les alcooliques mondains, les raseurs, les potiches en robes du soir... et Holly qui règne sur ce petit monde. Sa fragilité (et la raison pourquoi elle se réfugie sans arrêt chez Tiffany’s) se révèle dans ce dialogue, un petit bijou :

Fred/Paul - "The mean reds ? You mean like the blues ?" (Les méchants rouges? tu veux dire le blues?)
Holly - "No...the blues are because you’re getting fat or because it’s been raining too long. You’re just sad, that’s all. The mean reds are horrible. Suddenly you’re afraid and you don’t know what you’re afraid of. Do you ever get that feeling ?" (Non... le blues c'est quand tu as grossi, ou qu'il pleut toute la journée. Tu es triste, c'est tout. Les méchants rouges c'est horrible. Soudain, tu as peur, et tu ne sais pas de quoi. Tu as déjà ressenti ça?)
Fred/Paul - "Sure." (Bien sûr.)
Holly - "When I get it the only thing that does any good is to jump into a cab and go to Tiffany’s. Calms me down right away." (Quand je l'ai, la seule chose qui me fasse du bien, c'est de sauter dans un taxi et de filer chez Tiffany's. Cela me calme d'un seul coup.)

Selon Capote, le rôle devait échoir à Marylin Monroe, qui était un peu son double féminin : enfance malheureuse, gloire mal vécue, alcool etc. Paramount en décida autrement. Le choix fut parfait : l’accent, la silhouette, le style d’Audrey Hepburn conviennent parfaitement au personnage de Holly Golightly, et à sa fragilité plus "en-dedans". Ce qui rend le personnage émouvant, ce n’est pas le malheur qui la frappe, c’est son obstination à sourire à la vie, et à croire qu’elle mène la vie qu’elle a choisi. Audrey fut nommée aux oscars pour ce rôle. Le film reçut finalement l’oscar... de la meilleure musique, pour "Moon River" de Mancini.
Seul personnage à accuser le poids des ans, c’est le voisin du dessus, un japonais acariâtre joué par Mickey Rooney, personnage comique récurrent mais assez invraisemblable. M’enfin, cette invraisemblance ajoute plus qu’elle ne retire au charme du film.

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