On oublie cette neige qui, tout simplement, a créé un sacré pastis en ville et alentour. Nous étions là, avec LPV qui a retrouvé, après de très longues années d'oubli, les joies ineffables du métropolitain qu'il ne connaissait plus que de nom. Je rassure son fan-club : il a survécu... et les Lafite et Ausone 56 furent soigneusement cachés d'éventuels regards concupiscents. Va savoir Charles ! C'était le jour des taxis illégaux, des marches à pied, des grosses mercedes qui patinaient honteusement là où nos anciennes deuches eussent passé avec allégresse ! Toute une époque…

Le premier repas dont on trouvera trace dans un des prochains billets du Grand Jacques qui était là aussi avec Vizzari fut organisé par un ami alsacien (je sais, c'est redondant), fin gourmet et surtout homme de grande convivialité et générosité. Nous étions 7. Philippe Bourguignon a reconnu sans hésitation le champagne Alfred Gratien 88 : comme quoi, quand je dis qu'il est le plus grand…
Laissant les commentaires alimentaires au Grand Jacques, ce qui m'a plu dans cette maison discrète, c'est la très forte et sympathique connivence entre tout le personnel et les convives. Le service fut parfait quoiqu'il serait probablement mieux d'annoncer à la table le nombre de mets prévus ayant personnellement toujours tendance à ne pas garder assez de place pour les cinquième, sixième ou septième plat d'un menu qui, dans cette maison, change tous les jours.

Le top du top du jour : des cuissons parfaites, une fraîcheur immédiate

Le chef Barbot, très en forme et sûr de ses préparations

Les amoureux d'Italie reconnaissent-ils la dame en arrière plan d'Enzo ?
Je viens de recevoir le menu complet : une pièce d'anthologie !
Brioche tiède, crème fouettée à la truffe blanche et pistache
Palet amande et pomme verte au praliné
Champignon de Paris cru à la poudre de cèpe
Langoustines pochées, mousse de lait, huître raidie, beurre de Kombu et yuzu
Sole cuite meunière, pâte de Saté, coquillages et bouillon de crevette épicé
Chichito croustillant, sauce Saté, cacahuète
Poulet jaune des Landes, Comté sous la peau, feuille de chou, condiment noix/Parmesan
Chevreuil grillé, ail noir, aubergine laquée au Miso
Râble de lièvre, purée d’airelle, pâte de griotte et amande
Compote de lièvre, sauce civet, romarin et grenade
Sorbet au piment et à la citronnelle
Cappuccino amande, feuille de riz grillé, tarte Tatin
Tartelette au potiron et à la vanille Biscuit chocolat, glace caramel, café à la cardamome
Lait de poule au jasmin
Madeleines au miel de châtaignier
UNE SOIREE AU LAURENT
Le soir même, avec une vaillance que nous n'avions point exercée depuis notre périple japonais, nous voilà attablés dans un salon du Laurent pour taster les bouteilles d'années de naissance de convives réunis par un autre ami commun. Le menu commandé était magique : la classique araignée de mer qui est un peu maintenant un mets incontournable ici, suivie d'un superbe pâté en croûte, mon dada du moment. Les convives venaient d'horizons très différents : cinéma, TV, business, recherche. Mais, allez savoir, aucune dominante d'ego de la part de qui que ce soit.

Une tablée parisienne conviviale à souhait

Les "lève tôt" reconnaissent ma voisine, journaliste du matin à LCI

De solides fourchettes

LPV grand ordonnateur des vins de la soirée

Enfin de la vraie cuisine ! Il n'était que temps ! C'est décidé : je resterai classique jusqu'au bout !

Quelques années de naissance d'invités. Ausone 56 : le top du jour, non négociable !
Comme à Villa d'Este, David Khayat nous a asséné avec son humour dévastateur quelques vérités premières sur vin, cigare et santé. LPV comptait les points de ceux qui réussissaient à donner quelques indications sur les crus d'années aussi bizarres que 1956 (Ausone et Lafite). Encore heureux que l'un des convives, notre hôte en fait, soit né miraculeusement en 1961, millésime parfaitement illustré par un La Gaffelière Naudes de tout haut niveau.
Une belle leçon de cette soirée : là où on pourrait croire que toutes ces pointures parisiennes étaient habituées à des vins en majesté, c'est à dire dégustés à leur apogée, grosse surprise : pratiquement personne n'avait d'expérience régulière sur des crus ayant plus de dix ans d'âge. Y a du teuff !
LE GRAND TASTING
Le Carrousel du Louvre est un bel endroit de rendez-vous parisien. Ce vendredi et ce samedi s'y déroule donc le Grand Tasting de Bettane-Desseauve avec un Michel Bettane, rasé de très près (la tête), et continuant à asséner quelques vérités premières dans le style « ça passe ou ça casse ». Ça commence à le titiller grave que trop de zozos s'amusent à le citer partiellement sans prendre la courtoisie de lire ses billets en entier.Tout le monde salue le producteur "X" qui fait semblant de travailler alors que c'est Madame qui fait tout. Les bordelais sont en costume-cravate. Bernard Hervet est plein de nouveaux projets dont on parlera tantôt. Les italiens sont assaillis dans leur carré trop étroit par des amateurs avides de découvertes. Marionnet garde un œil vigilant sur ses crus servis à parfaite température ce qui, dans ce genre de salon, tient de l'exploit. Jean Luc Thunevin me croise sans avoir le temps de me saluer : c'est qu'il est pressé l'homme ! Ce qu'il confirme sur son blog. Mais je blague : il ne se départit pas de son sourire anxieux, sa marque de fabrique alors que son épouse n'a aucun reflet d'étrangeté dans son œil malicieux à souhait. Thierry Gardinier semble content de l'année 2010. Bernadette Vizioz contrôle la communication. Jean-Michel Deiss est venu avec le fiston qui s'y met. Guillaume Halley (La Dauphine) est là, tout comme Edouard Labruyère (Château Rouget, Domaine Jacques Prieur, Clos du Moulin à Vent). Et pour les lecteurs du forum LPV (La Passion du Vin), OLIV développe son double mètre avec une rare élégance et discrétion.
ABM © nous offre quelques clichés :

Le Grand Jacques, une groupie, son cache nez, ses lunettes, son sourire carnassier ou montagnard : c'est selon votre humeur :-)

Contraste de gens sérieux et sages ! Guillaume Halley (La Dauphine), Nicolas de Rouyn, bibi

Les Thunevin : correspondent à mon descriptif ?

c : et tant d'autres points qui rendent assez aléatoire un tel projet. Mais ça lui fera du buzz : warum nicht ? En tout cas, rien à voir avec l'approche habituelle de notre GJE. On l'a déjà dit mille fois : le classement de 1855, parfaitement historique et considéré comme tel par tous les amateurs, restera encore longtemps l'aune à laquelle les crus bordelais seront jugés, quand bien même nous savons tous que tel ou tel cru n'y a plus sa place ou son rang, et tel ou tel autre la mériterait largement, cette place ou ce rang. Toutes les tentatives faites depuis, de Parker à Dussert-Gerbert n'ont été que des faire-valoir assez faiblards et sans grand avenir. VIN ET PLAISIR Le seul vin que j'ai eu le temps de déguster au Grand Tasting est le gamay de Marionnet tant il est vrai que je me battrai de plus en plus pour défendre ces deux notions de base du vin : il doit vous apporter du plaisir ou, niveau supérieur, de l'émotion. Avec naturellement toute une gamme de niveaux intermédiaires. Les analyses savantes, doctorales, professionnelles n'y changeront rien : un vin plait ou ne plait pas, et cela en fonction de son goût propre. Cela ne doit pas empêcher d'apprendre, de lire, d'écouter, de taster. Battons nous contre les vins "boring", tristounets, manquant de passion ! La vie est courte, le snobisme inutile, les modes aléatoires. Bon week-end !