Appleseed

Par Ledinobleu

La troisième guerre mondiale a laissé le monde exsangue. Pour éviter une nouvelle horreur, les dirigeants de la planète lancent le projet Appleseed à travers la construction de la cité expérimentale d’Olympus dont l’administration est confiée à des êtres artificiels mi-hommes mi-machines appelés biodroïds. Mais cette utopie mécaniste sous-estime beaucoup trop l’éternel désir humain pour la liberté. Une liberté dont certains pensent que son prix est une éternelle vigilance et non un assujettissement à des machines…

Dunan Knutt et Briareos Hecatonchire sont tous deux des survivants de cette guerre totale : à la demande des dirigeants d’Olympus, ils rejoignent les rangs des ESWAT de la cité radieuse pour protéger ses citoyens des divers groupuscules terroristes qui s’opposent au projet Appleseed. Mais les plus dangereux opposants d’Olympus ne sont pas forcément ceux qu’on croit…

Cette OVA est un peu le reflet dans le miroir du film éponyme plus récent : si ses qualités de réalisation sur le plan strictement technique laissent beaucoup à désirer – surtout pour une OVA, même à l’époque – son scénario a au moins le mérite de respecter l’œuvre originale de Shirow, mais aussi son ambiance et son message ; bref, son âme. Et l’action n’est pas en reste pour autant, elle manque juste de réel spectaculaire en raison des restrictions techniques évoquées ci-dessus.

Ce qu’on apprécie ici, c’est l’aspect humain de l’histoire, qui à la rigueur surpasse presque celui de l’œuvre originale. Le système d’Olympus s’y trouve décrit de manière certes sommaire mais en tous cas efficace ou au moins crédible, en se basant sur la comparaison un peu éculée mais somme toute avertie de l’utopie devenue cauchemar à force de trop belles intentions. Cette réflexion, qui habite le cœur de tous les débats politiques depuis la création des premières cités, prend ici une tournure moderne que seule la science-fiction permet d’envisager, d’appréhender, d’étudier…

Le discours d’Appleseed rejoint ainsi, et d’une façon pas si surprenante que ça en fin de compte, les propos de Platon dans son œuvre-phare La République qui elle aussi prétend à décrire une société idéale. Pourtant, si ce dialogue du philosophe antique n’a pas manqué d’inspirer toutes les démocraties modernes, on aurait tort d’oublier qu’en découlent aussi le fascisme mussolinien ou bien le pseudo-communisme autoritariste de l’ancienne URSS – et j’en oublie de tout autant tragiques…

À travers cette (science-)fiction, Shirow poursuit donc à son tour la réflexion primordiale portant sur la définition d’une société idéale, mais en focalisant plus sur ses tenants et ses aboutissants précis que sur son incarnation concrète ; ses limites, enfin, plus que ses horizons. En complément de cette OVA, et outre le manga éponyme du même auteur, le lecteur curieux s’intéressera au Cycle de la Culture de Iain M. Banks et en particulier son second volet, L’Homme des Jeux.

Mais peut-être y distingue-t-on aussi, en filigrane, le constat d’un artiste sur la « dérive » d’une nation – la sienne – qui, à l’instar du futur d’Appleseed, a connu une guerre si atroce qu’elle s’est toute entière tournée vers un développement technique aux apparences d’abord salvatrices mais où l’esprit et le cœur se sont vus phagocytés par le grondement des machines et les mirages d’une vie bien trop facile pour être vraiment crédible…

Ce qui, pour le coup, est bien plus japonais que grec.

Notes :

Cette OVA est une adaptation du manga éponyme de Masamune Shirow disponible chez Glénat en 5 volumes.

Si cette adaptation d’Appleseed fut éditée en France dans la seconde moitié des années 90, elle est à présent épuisée et reste assez difficile à trouver…

Appleseed, Kazuyoshi Katayama, 1988
Manga Entertainment, 2007
70 minutes

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka