Il s’agit donc d’employer cette force de frappe afin de réduire les graves nuisances faites aux plus faibles par un système capitaliste devenu des plus immonde, notamment depuis l’avènement de sa financiarisation outrageuse. La globalisation n’est pas uniquement celle d’un système et de ses pervers avatars, mais c’est aussi celle de la prise de conscience qu’un autre monde non seulement est possible, mais surtout nécessaire si nous souhaitons continuer à faire humanité.
Dans cette perspective de grand « basculement du monde » [3], le boycott peut s’avérer être cette arme biologique nécessaire à tous les citoyens qui veulent s’inscrire dans cette dynamique nouvelle qui tente de dessiner les contours d’un équilibre global vital. La tâche est certes immense, mais en attendant que l’urgence fasse loi, il faut œuvrer en faveur de toutes les alternatives raisonnables qui déjà appartiennent au champ des possibles. À l’inverse, et uniquement dans la mesure du possible, il faut boycotter tout ce qui peut non seulement faire souffrance à l’autre, mais encore à cette Terre nourricière dont nous sommes éminemment redevables. Nous avons encore le choix entre œuvrer à notre avenir ou bien vaquer à notre disparition. Ne pense-t-on pas en sciences économiques que l’homme est cet être rationnel qui agit en fonction de son intérêt le meilleur? Et bien, il faut sortir ce paradigme de la sphère individuelle pour l’élever au rang du global, alors nous pourrons tendre vers la satisfaction raisonnable de l’intérêt du plus grand nombre. En ce sens, le boycott peut-être une arme de dénonciation de ce qui dysfonctionne dans le mode d’organisation social et économique dominant, notamment cette course effrénée au profit individuel, cette improbable quête parfaitement déraisonnable . Si le monde tourne rond, ce n’est certainement pas pour le seul bien-être de quelques heureux élus qui auront eu la chance d’être bien nés. De toute évidence, il nous revient de faire en sorte que le plus grand nombre puisse jouir des essentielles beautés distillées ici-bas grâce à une cosmologie bienveillante.
Que les sans voix se fassent entendre au moyen du boycott, qu’ils s’assemblent pour faire valoir leur aspiration à une vie digne, telle que proclamée par les principes érigés en droits fondamentaux.
Il faut désormais croire en cette humanité globale en devenir, forcément différente, naturellement plus consciente de ses obligations, toute tendue vers la gestion du bien commun, au seul profit du plus grand nombre. Le boycott est une arme biologique qui peut produire plus d’intelligence sociale, il faut impérativement nous en saisir.
[1] Albert Camus, L’homme révolté, Gallimard 1951
[2] Olivier Esteves, Une histoire populaire du boycott, tome 1, P.148 et suivantes, L’Harmattan, 2006.
[3] Le basculement du monde, Manière de voir, Le monde diplomatique, octobre-novembre 2009.