Woyzeck ou le théâtre à la 68

Publié le 26 décembre 2009 par Magda


Le théâtre permanent aux Laboratoires d’Aubervilliers, c’est très 68. Tout le revendique : l’esthétique de la bannière du spectacle peinte à la bombe, les “ateliers de transmission de rôles” gratuits et ouverts à tous le matin, et surtout, la manière d’envisager la scène et le public. Celui-ci est installé sur des bancs qui font mal aux fesses, tout autour du plateau ouvert de chaque côté. Un théâtre-forum, une arène.

Rien de bien nouveau sous le soleil de la nouvelle mise en scène de Gwénaël Morin, Woyzeck, d’après Büchner. La célèbre pièce de l’écrivain allemand fut écrite (mais inachevée) en 1837. Le texte est résolument moderne, imagé et haché, proche du surréalisme qui naîtra quelques décennies plus tard.

Gwénaël Morin s’en empare avec une brutalité maladroite. Tout, dans sa mise en scène, reflète un rapport violent avec le monde. Les acteurs passent leurs temps à hurler, Woyzeck malmène sans arrêt sa fiancée, les personnages se jettent les uns sur les autres avec hargne. Comme si, pour habiter l’espace théâtral, le metteur en scène n’avait trouvé que l’agressivité. Le spectateur, qui encercle le plateau et manque de recevoir des coups de pied dans l’œil pendant les diverses bagarres des acteurs, devient une victime.

Pendant cette longue vocifération, le texte de Büchner (si subtil, si poétique et humble à la fois) disparaît complètement, inaudible.

Les ancêtres connus du théâtre “direct”, qui fait tomber ce qu’on appelle le “4e mur” (mur imaginaire entre le public et les acteurs qui doivent jouer comme s’ils étaient seuls), recherchaient à la fois la participation du public, et l’engagement politique dans le choix des textes et de la mise en scène. On voit bien que Morin a été influencé fortement par les mythiques Bread and Puppet Theater et Living Theatre, mais il n’en a gardé que la coquille. En termes de participation du public : “Quelle heure est-il?” hurle méchamment l’un des personnages, en regardant le public sans amitié. Personne n’a osé répondre. En termes d’engagement politique : massacrer à ce point le texte de Büchner en le rendant inaudible, c’est en ôter la portée politique, bien sûr.

Dommage! L’initiative était belle… on aurait eu envie de ça, d’un théâtre simple, fait de bric et de broc, qui parle au public, d’acteurs qui s’assoient près des spectateurs pour le faire rentrer dans son monde, comme un grand débat politique amical dans lesquels les corps interviennent aussi. Un petit souffle de 68 mythique, ça nous aurait fait du bien, en France. Mais là, c’est juste du vent!