Le nouveau livre d'Alain Renaut, Un humanisme de la diversité, surprend à plus d'un titre. On y voit par exemple celui qui pourfendit en son temps, avec Luc Ferry, la « Pensée 68 », se référer longuement à Jacques Derrida comme à une figure « captivante » en raison de ses origines familiales complexes, et reconnaître même un certain intérêt à la pensée derridienne de la « différance ». Mais au-delà de cette petite satisfaction, le plus surprenant est la faiblesse de cet essai qui, à partir du débat en cours sur la mise en valeur de la « diversité », élevé au rang de priorité par Nicolas Sarkozy, entend donner à ce concept un contenu qui, comme le reconnaît l'auteur, est jusqu'à maintenant singulièrement vague.
L'ambition initiale se perd hélas dans un propos à la fois simpliste et creux. Simpliste, lorsque dans une première partie consacrée aux « circonstances de la diversité », Alain Renaut réduit les facteurs à l'origine du débat à l'explosion des blocs idéologiques depuis la fin de la Guerre froide (recyclage à gros traits de Huntington), à la décolonisation, et, bien entendu, à l'individualisme sans lequel aucun ouvrage d'Alain Renaut ne serait complet. Creux, lorsque la seconde partie (« Principes et figures de la diversité ») met en doute le bien fondé d'une politique d'uniformisation et affirme la nécessité de promouvoir « un universalisme ouvert à la diversité », et de « décoloniser les identités », formule si élégante que l'auteur s'épargne la peine de la décoder.
L'argumentaire d'Alain Renaut se mue dès lors en un propos souvent bavard, faisant l'éloge de la créolisation en paraphrasant Édouard Glissant et en détournant Frantz Fanon, ou étudiant les conditions d'une « diversité sexuelle » assez absconse qui permet du moins à l'auteur de se référer à Judith Butler et de raviver dans un jeu autoréférentiel les discours aigres sur la fameuse pensée 68. Alain Renaut conclut par une défense de « l'identité choisie » et enracine son éthique de la diversité dans la subjectivité (le mot individu étant naturellement honni).
On finit donc par se demander si, au terme de son parcours, Alain Renaut n'a pas simplement redécouvert les vertus de la tolérance, trois siècles après Locke. Pour le reste, l'incapacité de l'auteur à penser la mise en œuvre d'un concept auquel il prétend pourtant donner un contenu est frappante. Se réfugiant derrière la dimension purement éthique de sa réflexion, il renvoie par conséquent à un précédent ouvrage, Égalité et discriminations1, défendant la mise en œuvre d'une « action positive » à l'université, et au rapport de Michel Wieviorka sur la diversité dans l'enseignement supérieur2. Les principales mesures avancées sont ainsi, si l'on considère ces deux sources, l'amélioration du système de bourses envers les étudiants, l'instauration d'enseignements dédiés à la diversité (plus ou moins identifiables à de la culture générale : histoire des cultures, des religions) et le traitement différencié des étudiants en difficulté (autrement dit l'application d'un système du soutien scolaire après le baccalauréat).
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Alain Renaut, Un humanisme de la diversité. Essai sur la décolonisation des identités, Paris, Flammarion, coll. « Bibliothèque des savoirs », septembre 2009
Notes :
(1) Alain Renaut, Égalité et discriminations. Un essai de philosophie politique appliquée, Paris, Le Seuil, coll. « La couleur des idées », 2007.
(2) Michel Wieviorka, Rapport à la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche sur La Diversité, Paris, Robert Laffont, 2008.
(3) Walter Benn Michaels, La diversité contre l'égalité, Paris, Raisons d'agir, 2009.
(4) Charte de la diversité en entreprise.