Je vais finir par croire qu'il suffira de me planter une brebis dans un décor campagnard pour me faire adhérer à n'importe quel roman. C'est vrai que depuis Dérive sanglante de William G. Tapply, les récits de natural writting, comme il semble courant de les appeler, ne finissent pas de m'enchanter. Ici, ce n'est pas tant l'intrigue qui est à mettre en avant. Très vite, le lecteur sait qui a fait quoi et dans quel but. Et C.J. Box ne cherche aucunement à noyer le poisson. Si vous voulez, c'est un peu comme du Columbo sans en être. On ne connaît pas l'identité du meurtrier au moment où débute le livre, mais c'est tout comme. Il suffit d'attendre un tout petit peu, que les quelques pièces du puzzle s'assemblent, et le tour est joué. En fait, le plaisir de la lecture de Détonations rapprochées réside plutôt dans le personnage du garde-chasse, amené à devenir un héros récurrent, et dans son entourage immédiat. Joe Pickett ne fait pas partie de ces héros à qui tout réussit du premier coup. Malgré sa corpulence et son savoir-faire, c'est son côté « je suis comme tout le monde, j'ai finalement les mêmes préoccupations que tout un chacun » qui le rend si sympathique. Ainsi que sa vulnérabilité, sa fragilité et ses moments de naïveté.
La nature est bien sûr au centre du récit. Le cadre est idyllique. Un aspect sur lequel C.J. Box met l'accent afin de démontrer, sans démagogie d'aucune sorte, que les grands espaces sont eux aussi menacés par un fléau qui est, comme chacun sait, assez contagieux et pervers : la recherche du profit, à coup de licenciements, de passe-droits et tout ce qui s'ensuit, quitte à tout emporter dans son sillage...
Ai-je besoin de préciser que je reviendrai faire un petit tour du côté de Saddelspring ? Sur support papier ou sur CD, la lecture ayant été admirablement interprétée par Jacques Frantz, comédien et « voix » de Robert de Niro.
Détonations rapprochées, C.J. Box, traduit de l'américain par William-Olivier Desmond, Livraphone, 1 CD Mp3, 8 h 40 min.