Le scoop qui tonne

Publié le 11 octobre 2009 par Laurelen
Roman Polanski fuyant l’Amérique, fuyant sans cesse sa propre histoire, le cauchemar du meurtre particulièrement dégueulasse, en 1969 dans sa maison en Californie, de sa femme Sharon Tate, enceinte de huit mois, et de quatre amis, par des fanatiques de la secte de Charles Manson. Roman Polanski droguant et alcoolisant une fille de treize ans avant de la contraindre à des rapports sexuels, en 1977 aux abords de la maison de Jack Nicholson, en Californie… Libre sous caution, Roman Polanski fuyant en France le procès américain, et réalisant Tess, sorti en 1979, un film-hommage à sa femme. Sous le coup d’un mandat d’arrêt américain depuis 3 ans pour des faits s’étant produits en Californie, Roman Polanski ne pouvant recevoir les trois oscars pour Tess en 1981, que l’intelligentsia de Los Angeles, Californie, a pourtant bien voulu lui décerner. En même temps, la presse mondiale jasant sur sa relation avec Nastassja Kinski, actrice principale de Tess, de 28 ans sa cadette, agée d’à peine 18 ans à la sortie du film…

Roman Polanski noyant sa propre fuite dans le talent et la célébrité, évitant le mandat d’arrêt partout, alors que la demande américaine d’extradition a été faite à pas moins de huit pays avec lesquels les États-Unis ont signé une convention d'extradition. Roman Polanski indemnisant sa victime vers 1993, d’une somme d’argent restée inconnue. Sa victime demandant en 2003 à l’académie des Oscars de juger l’artiste et non l’homme en parlant du film « Le Pianiste », qui aura la Palme d’Or, 7 césars et 3 Oscars. Toujours la victime, apparaissant en 2008 dans un documentaire sur Polanski, pour demander que l’Amérique laisse Polanski tranquille, et en particulier pour qu’on les laisse, elle et sa famille, tranquilles aussi.

Roman Polanski arrêté le 27 septembre 2009 en Suisse, par la police suisse, toujours pour le même mandat d’arrêt, qui est devenu international en 2005… Roman Polanski bientôt ramené sur le lieu des crimes et jugé comme il faut au bout de 32 ans…

Y’a-t-il vraiment des relations à établir entre toutes ces carabistouilles, nous prendrait-on pour des cons ? Tout ce qu’il y a à comprendre, c’est qu’en Suisse, tu peux planquer le fric de ton casse, mais surtout va vivre ailleurs car y vont vite te cueillir là bas…

La presse américaine approuve dans son ensemble cette arrestation, tandis qu’en France, patrie de l’artiste, l’intelligentsia s’indigne, sous la forme notamment de deux ministres rodés aux retournements de veste, dont l’un, neveu d’un ex-président de gauche qu’on nommait usuellement tonton, a du mal aujourd’hui à ne pas se faire appeler tata… (j’ai pas pu m’empêcher…)

Frédéric Mitterrand, c’est donc lui, fuyant sa propre histoire, Ministre de la Culture contraint de bafouiller des explications foireuses sur un livre qu’il a écrit, devant le peuple français, face à la sainte mère caméra du 20 heures de TF1, interview rediffusée en entier dans le JT d’Antenne Réunion vendredi midi, pour ceux qui voulaient pas en louper une miette. Frédéric Mitterrand acculé au fond de l’impasse, évoquant d’une voix tremblante son attirance pour des garçons exotiques pas tellement moins vieux que lui, qu’il a payés pour le faire, ce qu’il a raconté le plus sympathiquement du monde dans son bouquin, comment qu’il s’en mord les doigts maintenant. Tout ça contrastant avec la fougue de son discours d’indignation deux jours plus tôt pour défendre Roman Polanski, discours qui fut le début de ses emmerdes. Menfin, le livre il est sorti depuis un bout de temps quand même, et dans ceux qui l’ont lu en a-t-on vu un lever le petit doigt quand ce nouveau vicieux de foire est devenu Ministre ?

Et là, Le Quotidien de la Réunion sortant le scoop de l’année : la lettre écrite de la main du futur Ministre, alors directeur de l’Académie de France à Rome, au président du tribunal de St Denis, il y à peine 6 mois prenant la défense morale et prenant même ouvertement sous son aile deux jeunes frères Réunionnais, par exemple « au sein de l’établissement public que je dirige et sous la forme de stages de formation… » Le hic, c’est que cette lettre est datée du 18 mars 2009, soit neuf jours avant la condamnation desdits jeunes à huit ans d’emprisonnement pour viol collectif sur mineur. Bref, tout ça est encore plein de coïncidences, si bien qu’on va rejuger à la fin du mois ce viol collectif, de quoi animer les soirées pour un bout de temps…

C’est là qu’on note les boulettes du Quotidien. Vendredi dernier, publication de la lettre polémique et de l’article sur les deux jeunes, en prenant soin de modifier les noms afin de préserver l’anonymat. Et dans la lettre, de noircir les passages où sont employés des noms propres. Sauf que, dans l’excitation du scoop, la main tremblante du gars qui jouait du feutre noir a omis de barrer la première fois où sont cités les prénoms des deux jeunes… qui du coup sont bien lisibles, pour qui sait déchiffrer une écriture de Ministre… Hum…

Le lendemain, le père des deux jeunes intervient dans le Quotidien, et on n’a plus l’air du tout de pointer un mauvais doigt sur le Ministre. On raconte l’histoire des relations privées entre Frédéric Mitterrand et la famille, et tout le monde est gentil. Pourtant à deux reprises, le père évoque combien Frédéric Mitterrand n’a aucun rapport avec le procès de ses deux fils. « Il a écrit cette lettre pour deux garçons qu’il connait, au sujet d’une situation qu’il ne connait pas mais qui l’étonne. » Et la fin de l’article : « on mélange trois affaires qui n’ont rien à voir : le viol, le meurtre de Sandro Lallemand et Frédéric Mitterrand ». Si je comprends bien, Frédéric Mitterrand est une « affaire » qui n’a rien à voir avec une situation qu’il ne connait pas. Pourtant, l’article est titré « Il aurait voulu être présent pour témoigner ». D’ailleurs, Saïd Larifou, l’avocat des deux jeunes, veut faire citer le Ministre à la barre comme témoin moral, et faire état de la lettre de soutien aux deux jeunes dans son dossier de défense. Pour quelqu’un qui n’a rien à voir avec l’affaire, on se bouge le cul les moussaillons !

Dites donc : on nous prendrait pas pour des cons ?

Allez, dernière boulette et on va se coucher. Ce dimanche 11 octobre 2009, Le Quotidien évoque pour la deuxième fois en trois jours l’affaire Mitterrand sur ses deux premières pages intérieures, à savoir « LE FAIT DU JOUR ». Cette fois, Frédéric se rebiffe, reprend du poil de la bêbête et ne tremble plus du tout de la voix. Il est Ministre, quand même ! Suite à la publication de sa lettre par le Quotidien et l’envolée médiatique qui a suivi, il est monté au créneau toute la journée de samedi pour « défendre son honneur », annonçant « des poursuites légales », mais « sans préciser contre qui. » Bizarrement, alors qu’il a déniché un scoop qui a fait trois fois le tour de France en 24 heures, Le Quotidien n’a pas du tout l’air de s’en vanter, assez inhabituel dans l’ambiance qui règne habituellement entre les différents médias réunionnais… Saïd Larifou, quant à lui, a annoncé qu’il allait porter plainte contre X pour soustraction frauduleuse de document judiciaire. Pour ceux du fond qu’ont pas suivi, X c’est la personne qui a piqué illégalement la lettre de Frédéric Mitterrand dans le dossier du tribunal pour la refiler au Quotidien. Et « sans préciser contre qui », ça veut dire qu’on sait pas encore, mais qu’on est sûr qu’il y en a qui vont se faire attaquer en justice par un Ministre, et que ça va pas se passer facilement…

Dites donc, vous pensez pas que dans les locaux du Quotidien on a un peu chaud aux fesses aujourd’hui, genre un peu le frisson de se faire mettre en justice par le Ministre de la Culture ? Peut-être le scoop de demain en première page du JIR ? Et tout ça à cause de Charles Manson, qu’a envoyé y’a 40 ans des gens éventrer la femme de Polanski, que ça lui a mis des idées glauques dans la tête à Roman, alors que le Quotidien de la Réunion n’était même pas né… Merde alors !


Arthur