Le 1er avril à l’Espace 315 du Centre Pompidou, pendant six heures, trois danseuses ont ri, ont couru, sont tombées, ont ramassé des panneaux de carton au sol, les ont fixés au mur. Les spectateurs (je doute qu’un seul soit resté six heures) étaient assis contre les murs, sur le sol jonché d’écriteaux, repoussés, tenus à distance, déplacés et en même temps engagés, proches des danseuses, pris de rires communicatifs. C’était Laughing Hole, une performance de La Ribot, avec deux autres danseuses, toutes trois vêtues d’inélégantes blouses d’infirmières ou d’ouvrières et chaussées de tongs, portant un épais rouleau de papier collant brun en bracelet. Elles allaient jusqu’au bout de leur énergie : je suis revenu à la fin, peu avant 21h et les démarches étaient encore plus titubantes, les rires encore plus sauvages, les corps encore plus débridés, la musique encore plus déchaînée (et les deux ingénieurs du son toujours imperturbables au milieu du tumulte).
Au mur des slogans de mort, de crimes, de terreur, de sécurité et de secret, des mots de manifestation et de désespoir, dilués dans le grotesque de la performance. Les rires n’étaient-ils pas des pleurs ? Les chutes n’étaient-elles pas des mises à mort, des crucifixions, des élans fauchés à la Capa ? Le voyeurisme du spectateur face à ces corps dévoilés n’était-il pas une brutalité supplémentaire ? Lire ici.
La veille, à la Maison des Métallos, la soirée de clôture du Festival Clandestin joua à deux reprises sur la dilution de la frontière entre spectateurs et acteurs. Un acteur peu connu, Lazare avec son comparse Benjamin Colin apostrophait les spectateurs, déambulait dans la salle, trébuchait, puis se vautrait sur les spectateurs inquiets avec une force et une présence remarquables (voir le commentaire). Et les gens

Photo 1 de l’auteur; photo 2 courtoisie de l’agence de relations presse du Centre Pompidou; photo 3 par Steeve Beckouet provenant de la revue Art 21.