L’artiste américain nous entraine aux côtés de l’inspecteur Robert Kole chargé de vérifier que les anciens occupants de ces demeures ont bien déguerpi. Ces maisons ne constituaient pas qu’un simple toit pour des milliers d’Américains, elles étaient le symbole d’une progression sociale, la possibilité de vivre dignement, même sans avoir des revenus importants. Le tort de ces gens est d’avoir cru que le capitalisme réaliserait leurs rêves sans contrepartie, sans hypothéquer leur propre vie.
Accroché à sa laisse le chien est mort de faim
Ainsi, à travers ces photographies, c’est toute la réalité d’un système économique qui nous est jetée à la figure. Dévoilant les mirages méritocratiques du capitalisme, ces clichés nous font pénétrer dans ces intérieurs domestiques censés rester hors champ et qui soudain sont exhibés : point alors la violence extrême exercée contre des individus condamnés au mutisme, sinon à la disparition. Ces Américains ont cru saisir leur rêve avant de s’en voir définitivement dépossédés. De leurs espérances, il ne reste qu’un profond désordre dans lequel il faut pénétrer l’arme au poing. Même le chien, fidèle compagnon des classes moyennes, est mort détenu par la maison.
L’art d’Anthony Suau ne réside pas dans une simple représentation de la crise, car le photographe multiplie les facettes et nous plonge de la saisie immobilière jusqu’à la vente aux enchères qui offrira à ceux qui possèdent déjà les richesses le droit de saisir ce que les plus pauvres pensaient détenir.
Laurent Monserrat
- Site Internet d’Anthony Suau
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