
La bonne idée (surprenante de la part d'un Peter Chan qui n'a rien d'un foudre de guerre), c'est d'avoir tiré de ce récit non pas un énième machin clinquant façon Zhang Yimou dernière période, mais un film sombre, assumant son image granuleuse et son refus du glamour. Problème : quand on n'est pas un génie, on n'est pas un génie. Chan dépeint la situation critique de ses héros comme Claude Berri le faisait dans Germinal, c'est-à-dire avec un misérabilisme lourdissime, zoomant sur la crasse qui stagne sous les ongles des personnages. Cela provoque au choix l'ennui ou les ricanements nerveux, mais les spectateurs asiatiques s'y sont visiblement retrouvés puisque le film est, comme l'indique l'affiche, le plus gros succès de tous les temps en Asie.
Il y a tout de même un souffle épique là-dedans, parfaitement incarné par deux comédiens hors pair : un Andy Lau toujours aussi classe et un Takeshi Kaneshiro encore trop méconnu qui qui prend de l'ampleur à chaque apparition. Ce n'est pas le cas d'un Jet Li proprement consternant, qui livre une prestation à la Joey Tribbiani, fronçant les sourcils pour montrer sa contrariété puis regardant dans le vide pour faire comprendre à quel point il est pensif. À l'image de l'acteur, Les seigneurs de la guerre fleure l'amateurisme, et ce malgré son budget confortable et ses milliers de figurants. John Woo devrait faire mieux sans aucun problème.
4/10