Magazine Culture

Flying Hour : L’Œuvre Inachevée de George Harrison

Publié le 30 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Flying Hour, l’une des chansons les plus fascinantes du répertoire de George Harrison, représente une œuvre à la fois inachevée et réimaginée, un instant musical capturant les doutes et les frustrations de l’artiste à une époque charnière de sa carrière. Initialement laissée de côté dans les sessions de l’album Somewhere In England, cette chanson – qui aurait pu avoir une place de choix sur ce neuvième album – nous montre un Harrison tiraillé entre ses propres aspirations et les pressions extérieures.

Sommaire

L’Histoire de Flying Hour : Une Chanson écartée de Somewhere In England

L’histoire de Flying Hour commence en 1979, lors des sessions de l’album George Harrison, où l’artiste britannique, ayant déjà fait son chemin en tant qu’artiste solo après les Beatles, cherchait à exprimer une autre facette de son âme musicale. Composée en collaboration avec Mick Ralphs, le guitariste de Bad Company, la chanson fait immédiatement ressentir l’influence de la période et les tensions sous-jacentes qui traversaient l’esprit de Harrison. Ce morceau, qui fait la jonction entre ses recherches musicales des années 70 et le tournant des années 80, ne trouve pas sa place sur l’album précédent.

C’est en 1980 que George Harrison commence à travailler sur Somewhere In England, son neuvième album studio. L’album subit alors un revers inattendu. À l’époque, Harrison semblait déjà éloigné du centre de la scène musicale dominante. La montée en puissance de la musique électronique et des synthétiseurs, avec des groupes comme Depeche Mode et Soft Cell, l’éloignait des courants commerciaux de l’époque. Sa propre musique, imprégnée de rock traditionnel et de spiritualité, semblait de plus en plus marginale dans le contexte musical de cette décennie. Son label, Warner Bros, l’encouragea à modifier le contenu de l’album pour le rendre plus commercial, une requête qui fit éclipser plusieurs morceaux jugés trop personnels ou trop expérimentaux, dont Flying Hour.

Harrison, bien qu’il n’ait pas été totalement désillusionné, ressentait une sorte de rejet de la part de l’industrie musicale qui, à ses yeux, se laissait dévorer par les machines et par la création de pop stars manufacturées. Comme le souligne Dave Mattacks, le batteur qui collaborait avec Harrison à l’époque : “Il se sentait mis de côté par tout ce qui se passait. C’était la montée de la machine et il y avait un véritable changement dans la musique populaire.” Cette prise de conscience était au cœur de la musique de Harrison, et Flying Hour, avec sa mélodie douce et ses paroles introspectives, en est l’une des représentations les plus poignantes.

L’Évolution de la Chanson et la Version Finale

Après avoir été écartée de l’album Somewhere In England en raison de son côté trop expérimental pour le marché, Flying Hour ne sera publiée que plusieurs années plus tard, en 1988. Ce n’est que dans cette réédition que le public pourra découvrir la version finale du morceau. Avant cela, la chanson avait fait l’objet de pressages-tests qui circulaient discrètement parmi les collectionneurs, contenant des titres comme Flying Hour, Tears Of The World, Lay His Head, et Sat Singing. Ces morceaux – notamment Flying Hour – ont été entendus par un nombre restreint de fans avant que l’album ne soit réajusté et raccourci pour sa sortie officielle.

C’est en 1987 que Harrison se remet à travailler sur Flying Hour, apportant des modifications notables à la chanson. Il réintroduit un passage instrumental de 20 secondes vers la fin, ajoutant ainsi une profondeur supplémentaire à l’ensemble. De plus, il modifie le mixage de la chanson, en réduisant la présence de la guitare slide, un choix qui semble atténuer l’aspect immédiatement reconnaissable de ses solos de guitare. Cette version de Flying Hour sera d’abord publiée sur un EP, accompagné d’autres morceaux inédits et rares, comme Sat Singing et Lay His Head. Cet EP était inclus avec le livre Songs By George Harrison, une publication limitée à seulement 2 500 exemplaires.

La chanson fut également incluse comme piste bonus dans les versions numériques de Somewhere In England, permettant à une nouvelle génération d’auditeurs d’accéder à cet inédit, une œuvre qui montre à quel point Harrison était dévoué à son art, même lorsqu’il se sentait déconnecté de la tendance dominante du moment.

Le Sens Caché des Paroles de Flying Hour

Flying Hour se distingue par ses paroles introspectives, une réflexion mélancolique sur le temps qui passe et sur le sens de l’existence. Harrison y aborde des thèmes qui traversaient régulièrement ses chansons à cette époque : la recherche de la paix intérieure, les dilemmes spirituels et les réflexions sur le monde extérieur. Dans ce morceau, il semble contempler le vol du temps, une constante qui le hantait, lui qui, tout au long de sa carrière, n’a cessé de jongler avec la quête de la sérénité tout en étant pris dans les tumultes de la célébrité.

Bien que la chanson soit empreinte d’une douceur mélodique, elle n’en est pas moins marquée par une certaine tristesse, une méditation sur les contradictions et les conflits intérieurs. Ce morceau, comme tant d’autres dans l’œuvre de Harrison, fait écho à son engagement spirituel et à sa capacité à traiter des sujets profonds sous des airs presque discrets. La mélancolie qui en émane, combinée à l’instrumentation élégante et les arrangements subtiles, crée une ambiance contemplative qui renvoie à l’esprit introspectif de l’artiste.

Une Chanson Perdue, Mais Pas Oubliée

Flying Hour est l’un des exemples les plus marquants de la manière dont les évolutions commerciales et les pressions de l’industrie musicale ont façonné le parcours de Harrison. Le morceau, bien qu’ayant été écarté à la dernière minute d’un album qui a marqué une transition dans sa carrière, n’a pas été perdu pour autant. Sa sortie tardive, en 1988, a permis à ceux qui s’intéressaient au travail de Harrison de découvrir cette facette de l’artiste, encore plus vulnérable et nuancée, qui, loin de se contenter d’une simple musicalité, mettait son âme à nu à travers des arrangements et des paroles riches de sens.

Même si Flying Hour n’a jamais connu l’impact commercial de certaines autres chansons de Harrison, elle reste une pièce importante de son héritage musical, représentant une période où l’artiste tentait d’aligner ses convictions personnelles avec les exigences de l’industrie musicale, tout en restant fidèle à ses racines et à son expression artistique la plus sincère. C’est un témoignage du fait que, même dans les moments où il semblait avoir perdu son chemin dans l’univers musical en constante évolution, Harrison continuait à créer des œuvres d’une grande profondeur, à l’image de cette chanson qui, aujourd’hui encore, continue de toucher les auditeurs.


Retour à La Une de Logo Paperblog