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McCartney et « Let It Be » : la naissance d’un chef-d’œuvre sous les yeux des Beatles

Publié le 27 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En janvier 1969, Paul McCartney esquisse « Let It Be » devant les autres Beatles. Cette scène captée dans « Get Back » révèle sa place centrale dans le groupe. Malgré les tensions, il incarne un pilier créatif, offrant une chanson devenue prière universelle.


Un homme est assis à la basse, sa Hofner entre les mains. Il fredonne quelques mots, cherche une progression d’accords. Autour de lui, trois autres musiciens l’observent. Ce n’est ni un studio anonyme ni une salle de répétition quelconque. Nous sommes sur Savile Row, dans les bureaux d’Apple, en janvier 1969. Les caméras tournent pour ce qui deviendra, cinquante ans plus tard, le documentaire « Get Back » de Peter Jackson. La chanson que Paul McCartney commence alors à esquisser est « Let It Be ». Et dans cette scène, désormais virale sur les réseaux sociaux, certains fans affirment : « c’était son groupe ».

Paul McCartney, le « boss » des Beatles ? L’idée ne date pas d’hier. Mais cette séquence alimente une fois encore un débat passionné qui traverse les décennies. Et si le véritable leader des Fab Four, le moteur créatif le plus constant, était finalement ce jeune homme au regard doux, à la voix de velours, capable d’écrire en un instant une ballade qui allait devenir un hymne universel ?

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Le poids d’un moment capté à l’état brut

Il faut s’arrêter un instant sur ce que cette scène révèle, bien au-delà de la simple magie de la composition. Lorsque McCartney joue les premières notes de ce qui n’est encore qu’un embryon de « Let It Be », John Lennon, George Harrison et Ringo Starr s’arrêtent. Il n’y a ni moquerie, ni distraction. Il y a une forme de silence sacré. L’écoute est totale. Un internaute l’a formulé ainsi : « On voit dans leurs yeux qu’ils savent qu’ils assistent à la naissance de quelque chose de grand. »

Cette scène a valeur de manifeste. Car au cœur d’une période troublée pour les Beatles – tensions internes, épuisement créatif, lassitude des tournées – McCartney continue de proposer des titres d’une évidence mélodique confondante. « Let It Be » n’est pas qu’une belle chanson. C’est une lumière dans la tourmente. Un instant de grâce qui réconcilie, qui apaise. Une forme de prière laïque, qui transcende le simple cadre du rock.

« Let It Be » : une œuvre-somme, intime et universelle

Composée dans une période d’incertitude, alors que la mère de Paul – Mary – lui apparaît en rêve pour lui dire de « laisser les choses suivre leur cours », la chanson devient une sorte de mantra. Pour McCartney, c’est une catharsis. Pour les auditeurs, c’est une main tendue. Dès sa sortie, le titre s’impose comme un classique. Il faut dire que la mélodie est imparable, le texte d’une limpidité biblique, et l’interprétation, empreinte d’une émotion retenue, bouleverse.

Mais ce qui marque aussi, c’est l’attitude des autres Beatles face à cette chanson. George Harrison, habituellement peu prompt à s’enthousiasmer, y ajoute ses fameuses interventions de slide guitar. Lennon, parfois sceptique face aux penchants mélodiques de McCartney, pose sa voix pour enrichir les harmonies. Et Ringo, fidèle à son rôle de colonne rythmique fiable, soutient le tout avec sobriété. Cette alchimie-là, que même les tensions personnelles n’ont jamais pu détruire, s’exprime ici avec une pureté absolue.

Une redécouverte par le prisme des réseaux sociaux

La récente mise en ligne d’un extrait de « Get Back » sur X (anciennement Twitter) a relancé le débat sur la place de McCartney au sein du groupe. Les commentaires abondent, souvent tranchés. « C’était son groupe », écrit un fan. « Let’s be honest… Dig A Pony wasn’t exactly on par with Let It Be », lâche un autre, en référence à un titre de Lennon jugé moins mémorable.

Ce genre de comparaisons est toujours délicat. Chaque membre des Beatles a contribué à la grandeur du groupe à sa manière. Lennon et ses fulgurances poétiques, Harrison et sa spiritualité musicale, Ringo et son jeu de batterie inimitable. Mais force est de constater que McCartney, dans la durée, s’est imposé comme un pilier indéfectible, capable de porter à lui seul des sessions entières.

Et si la nostalgie joue son rôle, il y a aussi une dimension objective à cette reconnaissance renouvelée. Car « Let It Be », c’est une chanson qui traverse les générations, qui résonne lors des enterrements, des mariages, des rassemblements. Un morceau qui a quitté le domaine du rock pour entrer dans celui de la mémoire collective.

Le regard des autres Beatles : respect ou résignation ?

Il serait tentant de voir dans les regards de Lennon, Harrison et Starr une forme de soumission. Ce serait une lecture paresseuse. Les Beatles, même à l’apogée de leurs désaccords, n’étaient jamais indifférents à la qualité. Lorsque McCartney entame « Let It Be », les autres comprennent immédiatement qu’il touche à quelque chose de profond. Lennon, lui-même, semble suspendu. Et dans les jours suivants, il jouera un rôle actif dans l’enregistrement final, même s’il dira préférer d’autres compositions.

La vérité est sans doute plus nuancée : McCartney, en cette fin de décennie, est à la fois le plus constant, le plus travailleur, mais aussi le plus seul. Il propose, pousse, organise, parfois au détriment de l’équilibre démocratique du groupe. Certains y voient de l’autoritarisme, d’autres une nécessité. Ce qui est certain, c’est qu’il tenait la barre.

La postérité d’un compositeur hors normes

Après la séparation des Beatles, chacun a suivi sa route. Mais si Lennon a brillé par ses prises de position et son avant-gardisme, si Harrison a surpris par la richesse de ses compositions solo, c’est McCartney qui a su le mieux conjuguer longévité et succès populaire. De « Maybe I’m Amazed » à « Band on the Run », de « Live and Let Die » à ses plus récents concerts où il fait encore vibrer des stades entiers, l’homme n’a jamais cessé d’écrire, de chanter, de chercher.

Et dans ce parcours hors normes, « Let It Be » reste une pierre angulaire. Elle symbolise tout ce que McCartney incarne : une capacité rare à faire simple sans être simpliste, à toucher sans forcer, à émouvoir sans artifices.

Un titre qui résonne toujours, 55 ans plus tard

Les hommages ne manquent pas. Lors des tournées récentes, la chanson reste un moment d’émotion pure. Le public la chante en chœur, souvent les larmes aux yeux. Et McCartney, au piano, ferme parfois les yeux, comme s’il revoyait sa mère, comme s’il retrouvait Lennon, comme si, l’espace d’un instant, les Beatles n’avaient jamais cessé d’exister.

« Let It Be » est plus qu’un morceau. C’est une prière moderne, un apaisement dans le chaos, un legs de paix dans un monde agité. Et c’est à Paul McCartney que l’on doit cette lumière. La reconnaissance tardive, mais désormais éclatante, de son génie n’est pas une revanche, c’est une évidence.

McCartney, le dernier gardien du feu

Aujourd’hui, Paul est le seul des deux leaders des Beatles encore en vie. Il porte seul l’héritage d’un groupe qui a changé le cours de la musique populaire. Et il le fait avec dignité, humour, et une énergie qui force le respect. Il ne cherche pas à s’autoproclamer « meilleur Beatle ». Mais les images, les chansons, les émotions, elles, parlent pour lui.

Alors, Paul McCartney, « meilleur Beatle » ? La question est vaine. Ce qui importe, c’est que sans lui, les Beatles n’auraient pas été tout à fait les Beatles. Et que grâce à lui, le monde a reçu « Let It Be », une chanson qui continue de nous tenir la main, dans les jours sombres comme dans la lumière.


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