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Ce moment où McCartney devient le « meilleur Beatle »

Publié le 27 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Une séquence du documentaire Get Back montre Paul McCartney en train de créer Let It Be, sous les regards admiratifs de Lennon, Harrison et Starr. Cette vidéo relance le débat sur le « meilleur Beatle » et confirme pour beaucoup la prééminence créative de McCartney dans le groupe.


Dans la galaxie Beatles, il est de ces moments rares, presque sacrés, où le voile du mythe se soulève pour révéler l’alchimie brute d’un génie en action. Un extrait du documentaire Get Back de Peter Jackson a récemment réenflammé les passions et ravivé une vieille querelle parmi les aficionados : qui, de Lennon, McCartney, Harrison ou Starr, était le vrai moteur du plus grand groupe de l’histoire de la pop ?

Cette séquence désormais virale, partagée sur les réseaux sociaux, montre Paul McCartney en train d’esquisser les premiers accords de Let It Be, sous les regards silencieux, presque mystifiés, de ses trois camarades. Un moment suspendu dans le temps, un instant de grâce pure, où l’on voit naître, sous nos yeux, l’un des chefs-d’œuvre les plus emblématiques de l’ère Beatles.

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La magie de Let It Be : Paul au sommet de son art

Let It Be n’est pas une chanson comme les autres dans le répertoire des Beatles. C’est un chant de résilience, de foi tranquille au cœur de la tempête, un gospel laïque né dans les dernières convulsions du groupe. Écrite par McCartney à la fin de l’année 1968, alors que les tensions internes minaient de plus en plus la cohésion du quatuor, la chanson se présente comme un baume apaisant. Inspirée par un rêve dans lequel sa mère disparue, Mary, lui aurait soufflé ces mots — “Let it be” — elle traduit une recherche de sérénité dans un contexte de désordre affectif et artistique.

Mais ce que montre cette fameuse séquence du documentaire Get Back, c’est bien plus qu’un simple moment de création. C’est l’épiphanie d’un compositeur touché par la grâce, un McCartney concentré, habité, presque messianique, qui dévoile à ses compagnons une chanson déjà presque achevée. Lennon, Harrison et Starr écoutent, visiblement saisis, comme s’ils assistaient à l’éclosion d’un miracle musical.

“C’était son groupe” : les réseaux sociaux tranchent

Les commentaires sous la vidéo, partagée par le compte @historyrock_, sont sans appel : pour une majorité d’internautes, ce moment scelle définitivement le statut de Paul McCartney comme “meilleur Beatle”. Certains vont jusqu’à affirmer que “les autres étaient les meilleurs musiciens de soutien qu’il ait jamais eus”. D’autres soulignent la beauté des harmonies instinctivement apportées par Lennon et Harrison, prouvant que, même au plus fort de leurs divergences, la magie collective opérait toujours.

Un fan écrit : “Imaginez être dans un groupe où quelqu’un dit : ‘Tiens, j’ai pensé à ça’, et que ce soit Let It Be.” Un autre renchérit : “On voit clairement dans les yeux de Ringo et George qu’ils comprennent qu’ils sont en train d’écouter les bases d’un futur chef-d’œuvre.”

Ces réactions, parfois passionnées, souvent nostalgiques, traduisent aussi un besoin profond de réaffirmer la place de McCartney dans le panthéon du rock, alors que le débat sur le “meilleur Beatle” ne semble jamais devoir s’éteindre.

McCartney, génie solitaire ou chef d’orchestre collectif ?

Depuis les débuts des Beatles, la dynamique Lennon-McCartney a cristallisé toutes les attentions. Leur entente créative, rivalité fraternelle et amitié conflictuelle ont façonné une œuvre commune d’une richesse inégalée. Mais ce que cette séquence met en lumière, c’est aussi la capacité de McCartney à concevoir seul, avec une clarté visionnaire, des morceaux qui s’imposent immédiatement comme intemporels.

Il faut se rappeler que McCartney, au-delà de ses talents de mélodiste, était aussi un musicien hors pair, innovant à la basse, prolifique au piano, audacieux en studio. Let It Be n’est qu’un jalon parmi tant d’autres dans une trajectoire exceptionnelle : Hey Jude, Yesterday, The Long and Winding Road, autant de ballades bouleversantes qui portent sa marque inimitable.

Et pourtant, comme toujours chez les Beatles, rien n’existe totalement en dehors du groupe. L’apport de George Harrison à l’arrangement final de Let It Be, notamment son solo de guitare dans la version produite par George Martin, reste fondamental. De même, la retenue subtile de Ringo Starr à la batterie, et la complicité vocale de Lennon sur les harmonies, viennent enrichir l’œuvre de cette magie collective propre aux Beatles.

Un instant de bascule dans Get Back

Ce moment capté par Peter Jackson n’est pas anodin dans la chronologie du documentaire. Il arrive à une époque charnière, alors que le groupe vacille, que les tensions s’exacerbent, que Lennon semble de plus en plus absorbé par sa relation avec Yoko Ono, et que George Harrison s’éloigne, frustré par son manque de reconnaissance au sein du groupe.

Dans cet instant précis, pourtant, les quatre membres redeviennent brièvement ce qu’ils furent : unis, attentifs, complémentaires. Lennon, souvent moqueur ou distant dans d’autres séquences, semble ici véritablement impressionné. Comme le note un commentateur : “On lit dans les yeux de John une forme d’éveil, comme s’il se disait : ‘Il faut que j’arrête de déconner.’” Une phrase lourde de sens quand on sait à quel point les dissensions allaient bientôt précipiter la fin de l’aventure.

Le chant du cygne d’un groupe au bord du précipice

Sortie en mars 1970, Let It Be est souvent perçue comme le chant du cygne des Beatles. En réalité, elle précède d’un mois à peine l’annonce officielle de leur séparation. C’est aussi l’un des derniers morceaux à bénéficier de leur contribution collective. Il n’est pas anodin que ce soit une chanson de McCartney qui tienne ce rôle : il fut le dernier à vouloir maintenir le groupe uni, le plus rétif à l’idée de la fin.

Et cette persistance, parfois interprétée comme de l’entêtement, trouve ici sa plus belle justification : quand McCartney croit en une chanson, il va jusqu’au bout. Même si les autres fatiguent, même si l’ambiance est délétère, il continue de créer, d’écrire, de porter la flamme. Cette abnégation, captée dans ce moment précis du documentaire, force le respect.

Un legs intact, une admiration renouvelée

Plus de cinquante ans après la dissolution des Beatles, la fascination pour leur œuvre ne faiblit pas. Et dans ce flot de souvenirs, d’archives, de redécouvertes, certains moments ressurgissent avec une force singulière. Cette séquence de Get Back en est un : elle rappelle que derrière les disputes et les egos, il y avait, à l’origine, un amour commun de la musique, et un Paul McCartney qui, au cœur de la tourmente, savait encore convoquer la beauté.

Certes, chacun des Beatles a eu ses fulgurances. Lennon, le poète incisif, Harrison, le mystique discret, Ringo, le batteur au groove imparable. Mais il faut reconnaître que McCartney, par son endurance, sa versatilité, sa fidélité à la mélodie, s’impose, aux yeux de nombreux fans, comme l’âme durable du groupe.

Alors, était-ce “son groupe” ? Peut-être. Mais plus encore, c’était leur rêve à tous, porté à bout de bras par celui qui, au moment critique, savait encore murmurer : Let it be.

Paul McCartney, seul ou avec les siens, n’a jamais cessé d’écrire la bande-son de notre mémoire collective. Et ce moment de Get Back, aussi intime qu’universel, nous le rappelle avec éclat : dans le silence respectueux de ses frères d’armes, le génie de Paul éclaire encore la légende des Beatles.


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