En 1984, Paul McCartney entreprend l’un de ses projets les plus ambitieux mais aussi l’un des plus controversés de sa carrière post-Beatles :Give My Regards To Broad Street. Conçu à la fois comme un film musical et un album, ce projet mêle réinterprétations de classiques et nouvelles compositions. Si la bande originale renferme des moments musicaux intéressants, le film, lui, est un échec critique et commercial.
Pourquoi un tel projet ? Était-il nécessaire de revisiter certains titres déjà bien ancrés dans l’histoire du rock ? Et surtout,Give My Regards To Broad Streetest-il un album sous-estimé ou un rendez-vous manqué ? Retour en détail sur cet épisode marquant de la carrière de McCartney.
Sommaire
- L’origine du projet : entre ambition et nostalgie
- D’une idée de téléfilm à une œuvre cinématographique
- Un scénario mince pour un film expérimental
- Une bande originale entre réenregistrements et inédits
- Les nouvelles chansons : des pépites sous-estimées
- Reprendre les Beatles et Wings : un pari risqué
- Une production sophistiquée sous la direction de George Martin
- Réception critique et succès commercial
- Un film largement critiqué
- Un album qui sauve les meubles
- Un projet sous-estimé ou une ambition mal maîtrisée ?
- Points positifs :
- Points négatifs :
L’origine du projet : entre ambition et nostalgie
D’une idée de téléfilm à une œuvre cinématographique
Après le succès des albumsTug of War(1982) etPipes of Peace(1983), Paul McCartney commence à envisager un projet audiovisuel où il revisiterait son propre répertoire. À l’origine, il s’agit simplement d’un spécial télévisé musical, à l’image de ce que les Beatles avaient fait avecMagical Mystery Touren 1967.
Cependant, l’idée évolue rapidement et prend une ampleur inattendue : ce qui devait être un projet de télévision se transforme en long-métrage de cinéma. McCartney souhaite ainsi mêler fiction et musique en intégrant des séquences de performances live et des passages scénarisés.
« On voulait que ce soit un film avec de la musique, pas un simple concert filmé. Mais une fois lancé, j’ai voulu voir jusqu’où on pouvait aller. »– Paul McCartney
Un scénario mince pour un film expérimental
Le film met en scène Paul McCartney jouant son propre rôle, aux côtés de Linda McCartney, Ringo Starr et plusieurs acteurs britanniques renommés comme Bryan Brown et Ralph Richardson.
L’histoire repose sur une intrigue assez simple : les bandes maîtresses du nouvel album de McCartney disparaissent mystérieusement, et le musicien part à leur recherche dans une sorte de course contre la montre.
Ce scénario trop léger ne suffit pas à captiver un public non fan de McCartney. Là oùA Hard Day’s Night(1964) etHelp!(1965) avaient bénéficié d’un ton comique et décalé qui plaisait à un large public,Give My Regards To Broad Streetsemble davantage un prétexte pour revisiter son propre répertoire.
Une bande originale entre réenregistrements et inédits
Si le film divise, la bande originale, en revanche, intrigue davantage. McCartney y revisite plusieurs classiques des Beatles et de Wings, tout en intégrant des nouvelles compositions qui viennent enrichir son répertoire.
Les nouvelles chansons : des pépites sous-estimées
L’album comprend plusieurs titres inédits qui démontrent que McCartney conserve une grande créativité musicale :
- “No More Lonely Nights”: Véritable tube de l’album, cette ballade poignante est sublimée par le solo de guitare de David Gilmour (Pink Floyd). Sortie en single, elle atteint la deuxième place des charts au Royaume-Uni et la sixième aux États-Unis.
- “No Values”: Un morceau rock dynamique, inspiré d’un rêve dans lequel McCartney croyait entendre une chanson inédite des Rolling Stones.
- “Not Such A Bad Boy”: Un autre titre inédit, énergique et entraînant, qui rappelle certaines des compositions de Wings.
- “Goodnight Princess”: Un instrumental orchestral de style big band, qui clôt l’album avec une ambiance rétro surprenante.
Reprendre les Beatles et Wings : un pari risqué
L’album propose aussi de nouvelles versions de plusieurs classiques des Beatles et de Wings, avec des résultats inégaux :
- “Yesterday”: Plus lente que l’originale, avec une guitare acoustique et des cuivres, elle peine à retrouver la magie de 1965.
- “Eleanor Rigby” et “Eleanor’s Dream”: La chanson des Beatles est prolongée par un développement orchestral inédit qui lui donne une ampleur dramatique.
- “The Long and Winding Road”: McCartney reprend la version orchestrée, alors qu’il avait souvent critiqué le travail de Phil Spector sur l’originale. Ironie du sort, il ajoute même un solo de saxophone discuté.
Du côté de Wings, on retrouve des versions modernisées de :
- “Silly Love Songs”
- “Wanderlust”
- “So Bad”
McCartney voulait que Ringo Starr joue sur certains morceaux des Beatles, mais celui-ci refuse, ne souhaitant pas être comparé à ses propres enregistrements originaux.
Une production sophistiquée sous la direction de George Martin
L’enregistrement s’étend sur deux ans, de décembre 1982 à juillet 1984, principalement aux studios Abbey Road, AIR et CTS.
George Martin, légendaire producteur des Beatles, est à la barre et apporte une production claire et soignée. Contrairement aux enregistrements analogiques classiques, l’album est mixé en numérique, apportant un son plus précis mais parfois jugé trop lisse et aseptisé.
Pour le tournage du film, McCartney et Martin développent une technique d’enregistrement novatrice :
- Les morceaux sont enregistrés en studio en amont.
- Sur le plateau, les musiciens jouent par-dessus ces enregistrements pour un effet live crédible.
Cela marque la première utilisation de magnétophones 24 pistes synchronisés avec une caméra de cinéma.
Réception critique et succès commercial
Un film largement critiqué
SiGive My Regards To Broad Streetconnaît un échec au box-office, c’est avant tout à cause de son scénario jugé trop faible et son ton auto-promotionnel.
“McCartney nous propose un rêve éveillé, mais nous laisse sur notre faim.”– The Times, 1984
Le public ne suit pas et le film disparaît rapidement des écrans.
Un album qui sauve les meubles
En revanche, la bande originale se vend bien :
- Numéro 1 au Royaume-Uni
- Numéro 21 aux États-Unis (certifié disque d’or)
- Top 10 en Norvège, Suède et Japon
Le single “No More Lonely Nights” s’impose comme un classique de McCartney et devient le véritable succès du projet.
Un projet sous-estimé ou une ambition mal maîtrisée ?
SiGive My Regards To Broad Streetest souvent considéré comme un faux pas, l’album mérite un regard plus nuancé.
Points positifs :
- Une production impeccable, signée George Martin
- Des nouvelles compositions solides, dontNo More Lonely Nights
- Une expérimentation technique innovante dans le domaine du son et du cinéma
Points négatifs :
- Un film fade et peu engageant
- Des réenregistrements inférieurs aux versions originales
- Un manque d’originalité dans le concept global
Finalement,Give My Regards To Broad Streettémoigne de la volonté de McCartney d’explorer son passé tout en regardant vers l’avenir. Un projet audacieux, certes imparfait, mais qui demeure une curiosité fascinante dans sa discographie.
