
Quatrième de couverture :
Dès le début de cette histoire, une menace plane sur Nicolas. Nous le sentons, nous le savons, tout comme il le sait, au fond de lui-même l’a toujours su. Pendant la classe de neige, ses peurs d’enfant vont tourner au cauchemar. Et si nous ignorons d’où va surgir le danger, quelle forme il va prendre, qui va en être l’instrument, nous savons que quelque chose est en marche. Quelque chose de terrible, qui ne s’arrêtera pas.
Une classe de neige et un élève qui s’appelle Nicolas, cela promettrait d’être drôle… mais rien à voir avec le Petit Nicolas, rien du tout. Le personnage principal de ce court roman (148 pages) est un enfant timide, craintif, dont les phobies sont nourries, on s’en rend compte au fil du roman, par les récits terrifiants que raconte son père pour le maintenir dans un périmètre délétère. La classe de neige commence mal puisque les parents de Nicolas ont freiné des quatre fers pour l’empêcher d’y aller et que, finalement, l’enfant ne peut pas voyager en car (trop dangereux, démontre le père à coups d’accidents terribles) et est amené par le père, qui oublie le sac de son fils dans sa voiture avant de repartir et d’être injoignable pendant plusieurs jours (ah l’heureuse époque où les téléphones portables n’existaient pas… – ou pas…). Cela s’améliore quand même car Nicolas est pris sous l’aile du caïd de la classe, Hodkann, et qu’à la suite d’une sortie soi-disant somnambulique, le garçon peut se réfugier dans la fièvre et se faire dorloter par les profs et moniteurs. L’imagination morbide de Nicolas, elle, n’est pas en repos, d’autant qu’un enlèvement d’enfant est signalé dans le coin.
Emmanuel Carrère a l’art de se glisser dans les pensées et les émotions d’un gamin de dix ans et de distiller le suspense à petites touches, à bas bruit. La réalité de Nicolas va infiniment dépasser les fictions qu’il s’invente, sans doute pour se rassurer de l’angoisse qui plane sur lui, mais il ne le sait pas encore, il ignore le poids que cette classe de neige va faire peser sur sa vie.
J’ai un souvenir très vague de l’adaptation cinématographique de Claude Miller. De l’auteur, je n’ai jamais lu que L’Adversaire, un récit où les limites entre la réalité et la mythomanie d’un assassin étaient rapportées et questionnées avec sensibilité. C’est la même sensibilité que l’on retrouve dans ce roman rythmé qui se lit avec avidité.
« La plupart des élèves déjeunaient habituellement à la cantine, mais pas Nicolas. Sa mère venait le chercher ainsi que son petit frère, encore à l’école maternelle, et ils prenaient tous trois le repas à la maison. Leur père disait qu’ils avaient beaucoup de chance et que leurs camarades étaient à plaindre de fréquenter la cantine, où l’on mangeait mal et où survenaient souvent des bagarres. Nicolas pensait comme son père, et si on le lui demandait se déclarait heureux d’échapper à la mauvaise nourriture et aux bagarres. Cependant, il se rendait compte que les liens les plus forts entre ses camarades s’établissaient surtout entre midi et deux heures, à la cantine et dans le préau où on vaquait après le repas. Pendant son absence, on s’était envoyé des petits suisses à la figure, on avait été puni par les surveillants, on avait conclu des alliances et chaque fois, quand sa mère le ramenait, c’était comme s’il avait été nouveau et devait reprendre à zéro les relations nouées le matin. Personne à part lui n’en gardait le souvenir : trop de choses s’étaient passées durant les deux heures de cantine. »
Emmanuel CARRERE, La classe de neige, Folio, 2019 / 1996 (P.O.L. éditions, 1995)
Encore une participation au challenge Bonnes nouvelles 2025 chez Je lis, je blogue.