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Saints et pécheurs

Publié le 20 janvier 2025 par Adtraviata
Saints pécheurs

Quatrième de couverture :

Qu’elle évoque, dans Rois de la pelle, ces Irlandais venus à Londres creuser les canalisations ; qu’elle explore le trouble de la sexualité chez une vieille logeuse dans Pécheurs ; qu’elle suive la trace d’un activiste politique juste sorti de prison dans Fleur noire ; qu’elle nous fasse partager, dans Georgette verte, les rêves déçus d’une petite fille invitée avec sa mère dans la plus jolie maison du bourg ; ou qu’elle nous entraîne, avec Vieilles blessures, la dernière et la plus poignante des nouvelles de ce recueil, sur une île du Shannon dont le cimetière est l’enjeu d’une querelle familiale, Edna O’Brien – hormis avec Manhattan pot-pourri, haletante autopsie d’un coup de foudre – enracine son livre dans la terre d’Irlande.

Ce lundi dans le challenge Bonnes nouvelles 2025, nous mettons à l’honneur Edna O’Brien, écrivaine irlandaise décédée en juillet 2024. Lors de ma première sortie de l’année en librairie, j’ai trouvé ce recueil Saints et pécheurs. Je vais peut-être être le vilain petit canard car je ne pense pas que ces textes vont me rester longtemps en mémoire (quoique… on verra bien). J’ai apprécié certaines nouvelles plus que d’autres, comme Pillage, texte court « post-apocalyptique » qui semble être une métaphore à hauteur d’enfant des violences militaires en Irlande ou Georgette verte, dont la narratrice est elle aussi une enfant, ainsi que Cow-boy intérieur où un malfrat implique un cousin simple d’esprit pour cacher son butin.

Le recueil met en scène des personnages ordinaires, souvent très pauvres, dont les rêves de vie meilleure sont plombés par la misère, l’alcoolisme du mari et du père, les querelles de famille. Globalement, j’ai trouvé que ces nouvelles étaient pleines de clichés irlandais : l’alcoolique, le bandit mafieux, les tourbières, etc. Je parle de clichés parce que je ne suis souvent pas parvenue à trouver les personnages sympathiques ou à me laisser émouvoir par la plupart des textes, à l’ambiance très noire. Celle que je préfère est sans doute Mes deux mères, qui semble inspiré par la propre vie d’Edna O’Brien.

Je dois préciser aussi que la langue d’Edna O’Brien m’a paru très rude, je ne sais si cela est dû à la traduction, à la ponctuation. En outre, ma lecture de Manhattan pot-pourri a été perturbée par quelques énormes fautes d’orthographe et par l’une ou l’autre construction de phrase rocambolesque en français, erreurs que je n’ai pas comprises venant d’une telle maison d’édition.

« Notre maison avait son lot de querelles, querelles au sujet de l’argent, de la boisson, de l’insouciance, mais au-delà des craintes bien réelles il lui fallait aussi s’armer de courage face à l’inconnu et au surnaturel. Un soir une grenouille sauta dans le feu et elle crut que cela augurait de la mort soudaine et accidentelle d’un voisin. De même, un carreau de verre coloré, au-dessus d’une porte du vestibule, se cassait sans cesse, et elle soutenait mordicus que ce n’était pas le vent ni la tempête mais un message de l’au-delà. Un soir, assise dans la cuisine en proie à quelque crainte, elle se mit dans la tête qu’un homme, un inconnu, était venu et s’était posté devant la fenêtre, se préparant à nous tirer dessus. On s’est placées à côté de la fenêtre, assises sur deux chaises de cuisine, respirant à peine, attendant notre bourreau. On est restées là jusqu’au matin, lorsque son mari, qui avait découché depuis des jours, reparut, encore à moitié ivre et contrarié de devoir retourner vers nous. Elle et moi, nous étions des mendiantes toutes les deux, cuisinant, faisant les lits, pliant les draps et accomplissant toutes les choses ordinaires dans les temps dits normaux, et dans les temps contraires recroquevillées dehors, sous les arbres, claquant des dents sous l’effet d’un frisson musical délirant. Nous étions inséparables. »

Edna O’BRIEN, Saints et pécheurs, nouvelles traduites de l’anglais (Irlande) par Pierre-Emmanuel Dayzat, Sabine Wespieser éditeur, 2012


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