Je vais voir ce soir Olivia Rosenthal en « concert parlé » avec le musicien Eryck Abecassis. Le spectacle s’intitule l’Archipel des bâtards et s’inspire de ce livre, que j’ai lu pour l’occasion. Je connais l’autrice depuis longtemps. J’ai eu en 2009 le plaisir de la rencontrer lors d’un atelier d’écriture [voir ici sur mon ancien blog]. J’aime ce qu’il y a d’expérimental parfois dans son écriture. J’avais beaucoup aimé « Un singe à ma fenêtre » lu dernièrement. Ici, nous sommes dans un univers dystopique, qui n’est pas pour autant le sujet de l’histoire… Lily lit dans les pensées ou plutôt reçoit immédiatement l’histoire complète de la vie des personnes qu’elle approche. Cette capacité lui est apparue du jour au lendemain, mais depuis elle s’en protège et n’en parle surtout pas. Elle fait partie d’un groupe de résistants au système. Ils se réunissent régulièrement. Contrairement à ce qui est prévu, alors qu’il serait temps d’élaborer des stratégies, chacun raconte son histoire, ses origines. Peu à peu, émerge un lien entre eux et le mot « bâtard » prend soudain un sens glorieux… J’ai beaucoup aimé dans ce roman l’apparition de la parole, de l’empathie, dans un contexte militant qui ne semble par ailleurs pas l’encourager. Les protagonistes luttent contre la déshumanisation d’une ville cernée de plus en plus de tours et de voies rapides. Des rondes ont lieu, des patrouilles rôdent, ils sont en danger, il doivent organiser une révolte et pourtant l’urgence est de parler, de raconter le manque, la violence de l’enfance. Ce roman est un drôle d’ovni au charme certain. Hâte de voir ce qu’il en sera fait ce soir !
« L’histoire de Sturm, c’est son histoire particulière et c’est en même temps celle de tous les bâtards, avec l’abandon initial, le sentiment d’être absolument seul au monde et d’en porter la responsabilité, un mode de vie désordonné, une ardeur et une curiosité insatiables, une envie insondable d’être aimé, une capacité à écarter les obstacles, à contester et à dérègler, à ouvrir de nouveaux espaces dans toutes les directions, à ne rien hiérarchiser, à chercher partout, tout le temps, à regarder autrui avec pessimisme tout en étant prêt à accorder sa confiance absolue à celui qui serait susceptible de l’aimer, à être infatigable. »
Editions Folio – novembre 2021
J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
