
De cet ouvrage, j’ai lu il y a quelques années Le Noël d’Hercule Poirot. Les vacances de Noël étaient parfaites pour lire Christmas Pudding et inaugurer mes lectures du Mois de la nouvelle chez Je lis, je blogue. Et cela me fait aussi un premier classique pour 2025.
Quatrième de couverture :
Christmas pudding (1960) : Un soir de Noël, un rubis – gros comme un bouchon de carafe – est dérobé à un prince oriental… Six nouvelles, six facettes de l’ingéniosité et du talent d’Agatha Christie, et six énigmes brillamment résolues par Hercule Poirot et Miss Marple.
C’était un vrai plaisir de lire ces six nouvelles, cinq avec mon cher Hercule Poirot (à la fois génial, on se demande avec quoi il nourrit ses petites cellules grises, et irritant) et une avec la perspicace Miss Marple.
La nouvelle qui donne son titre au recueil est la seule qui se passe durant le temps de Noël. Après moult hésitations (la campagne anglaise peut être si inconfortable en hiver), Hercule Poirot accepte d’aller traquer le voleur d’un très gros rubis appartenant à un prince oriental venu mener la grande vie à Londres. Cela se passe dans un manoir anglais, avec une belle famille nombreuse aux caractères intéressants. Agatha Christie rend ici hommage aux personnes de son enfance qui faisaient vivre à la lettre les traditions d’un vrai Noël anglais.
Le mystère du bahut espagnol se joue dans un appartement londonien. Le propriétaire est accusé à tort du meurtre d’un de ses hôtes, retrouvé mort dans son bahut espagnol. Hercule sera aidé du sens pratique de sa secrétaire Miss Lemon mais il regrette l’imagination sans borne de son ami le capitaine Hastings.
Dans Le souffre-douleur, une lady campagnarde est persuadée – sans aucune preuve, sur sa seule intuition – de connaître le meurtrier de son mari. Il y a pourtant plusieurs autres suspects potentiels, la police a d’ailleurs arrêté le neveu de sir Reuben. C’est la patience et la ruse du détective à moustaches qui viendront à bout du mystère.
Le mort avait les dents blanches : ici, Hercule Poirot flaire le crime avant qu’il ne soit commis, rien qu’en observant dans un restaurant un mystérieux client aux habitudes bien ancrées. Notre détective résoudra l’affaire rien qu’en écoutant les différents témoins ou presque.
Dans Le Rêve, il semble qu’un riche entrepreneur soit poussé au suicide par un rêve récurrent. Mais bien malin qui – une fois de plus – surprendra et surpassera Hercule pour ne pas se fier aux apparences.
Enfin, c’est Miss Marple qui vient à bout de l’énigme dans Le policeman vous dit l’heure. La propriétaire et sans doute riche héritière d’une « folie » (un manoir à l’architecture biscornue) est mystérieusement assassinée pendant qu’elle fait du jardinage. Sa gouvernante et sa secrétaire se sont fait enfermer, le jardinier a quitté son travail avant l’heure… Qui peut résoudre cette affaire mieux qu’un policier ? Miss Marple et son fameux sens de l’observation et de l’écoute, bien sûr.
C’est toujours un bonheur de retrouver ces deux enquêteurs hors pair nés de l’imagination sans bornes d’Agatha Christie. Elle a l’art de planter un décor et de décrire les personnalités des différents protagonistes (et potentiels suspects). Certes certaines remarques sur les femmes sont un peu agaçantes mais on connaît leur époque et on sait de qui ça vient. A force, on a quelques intuitions correctes sur la résolution des crimes mais on n’égalera jamais la sagacité d’Hercule Poirot et de Jane Marple. Et c’est tant mieux car on peut lire et relire sans fin les polars de la Reine du crime.
« – Moi, dit Poirot, je ne suis pas anglais. Dans mon pays, Noël c’est pour les enfants. Le Jour de l’An ! Voilà notre jour de fête.
– Ah mais en Angleterre, la fête de Noël est une tradition admirable, et je vous assure qu’à Kings Lacey vous la verrez célébrer d’une façon unique. C’est une vieille maison étonnante. Pensez qu’une des ailes date du XIVème siècle !
Poirot frissonna de plus belle. L’idée d’un château du XIVème siècle le terrorisait. Il avait trop souvent gelé dans des demeures historiques anglaises. Il jeta autour de lui un regard heureux. Dans son confortable appartement londonien, il avait fait installer les radiateurs les plus modernes et les systèmes brevetés les plus efficaces pour supprimer les courants d’air d’où qu’ils viennent.
– En hiver, je ne quitte pas Londres, déclara-t-il catégoriquement. »
« Sur un plat d’argent, le pudding trônait dans toute sa splendeur. Un pudding gros comme un ballon de football, un rameau de houx planté triomphalement en son sommet comme un étendard et entouré de superbes flammes bleues et rouges. Il fut accueilli par des applaudissements, des oh! et des ah! d’admiration. »
« Mais il n’avait jamais considéré miss Lemon comme une femme. C’était une machine humaine, un instrument de précision d’une terrifiante efficacité. Elle avait 48 ans, et la chance de ne posséder aucune imagination. »
« – Un crime très bien préparé et accompli avec un rare sang-froid. Ce n’est pas un sujet avec lequel plaisanter.
– Pardonnez-moi, dit Raymond, confus. Je ne suis pas aussi endurci que j’en ai l’air. On traite souvent certaines choses avec légèreté pour leur enlever un peu de ce qu’elles ont d’horrible.
– C’est, je crois, la tendance moderne, dit Miss Marple. Toutes ces guerres… On en vient parfois à plaisanter à propos d’enterrements ! »
Agatha CHRISTIE, Christmas Pudding, Traduction nouvelle par J.M. Alamagny, Le Livre de poche, 2017