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La bibliothèque du professeur Blequin (5) spécial BD.

Publié le 01 février 2014 par Legraoully @LeGraoullyOff

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Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême bat son plein, quoi de plus logique par conséquent que de parler de BD dans cette rubrique littéraire ?

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Willem, Dick Talon nazillon, Charlie hebdo hors-série n°22, 2007 : À tout seigneur, tout honneur : nous commençons par le président de cette édition 2014 du festival. Dans les années 1990, Charlie hebdo avait lancé un pavé dans la mare du FN avec la publication de la BD de Luz Les Mégret gèrent la ville qui a valu au journal un procès musclé intenté et perdu par les Mégret ; mais, à la même époque, Willem n’a pas été en reste au jeu de la satire antifasciste et a relancé les aventures du « cousin con de Gaston Talon », né durant la grande époque de Hara-Kiri. Le « beauf » de Cabu passe pour un intellectuel en comparaison de cet imbécile fini de Dick Talon qui, dans ce petit album paru durant la campagne des présidentielles de 2007, atteint le degré ultime de la connerie en se faisant nazillon. Réussir à être encore plus con que tous les autres militants d’extrême-droite, qui constituent pourtant  ce qu’il y a de plus con en ce bas monde, voilà un exploit que seul Dick Talon pouvait relever : ainsi, bien malgré lui, il est une dénonciation vivante de l’inanité cosmique des idées des Gollnisch, Mégret et autres Le Pen. L’album avait fait peu de bruit à sa parution, et pourtant, il n’en est pas moins intéressant dans la mesure où il fait le pont entre les deux activités de Willem, celle d’auteur de BD et celle de dessinateur de presse avec, pour lier la sauce, l’humour noir dont l’auteur est un maître absolu.

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Gotlib, Lob, Lefred-Thouron Solé, Superdupont n°7, In Vitro Veritas, Fluide Glacial, 2014 : Cette année, le grand Gotlib (lauréat du festival d’Angoulême 1989) fêtera ses 80 ans : Fluide Glacial prépare d’ailleurs une parution spéciale, en partenariat avec Dargaud, pour fêter l’événement, déjà salué par la parution du septième album du super-héros 100% français ; depuis sa première apparition dans Pilote en 1972, Superdupont a eu une carrière plutôt rocambolesque, faite de mises au placard et de résurrections liées à des raisons diverses (les plus marquantes étant les décès successifs d’Alexis et de Lob en 1977 et en 1990), la continuité de la série étant néanmoins assurée par Gotlib qui, d’un bout à l’autre, a veillé aux destinée de son super-héros. Ce tome 7 reprend donc les planches parues dans Fluide après 2006 et non reprises dans le tome 6 (paru en 2008) mais aussi les gags en une planche publiés dans le Fluide des années 1980 sous le titre « Superdupont-express », qui étaient restés inédits en album à ce jour et où les superpouvoirs du superfrançais font des ravages au sens propre comme au sens figuré ! Dans l’histoire qui donne son titre à l’album, Superdupont fait face à un adversaire autrement plus redoutable que l’Antifrance elle-même : le désir de maternité de sa Georgette, toujours incarcérée ! Il est bien comme tous les Français, le danger lui vient toujours de là où il ne l’attend pas ! Mais, ne l’oublions pas, c’est un SUPER-Français, il saura donc y faire face…

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Tardi, Adieu Brindavoine suivi de La fleur au fusil, Casterman, 1979 : Cet album s’insère entre deux aventures d’Adèle Blanc-Sec, Momies en folie et Le secret de la salamandre, mais le récit, paru en 1972 dans Pilote, est en réalité antérieur de quelques années aux premier pas de l’héroïne de Tardi. La vision de la première guerre mondiale de ce grand auteur sont à l’honneur cette année à Angoulême, mais si C’était la guerre des tranchées est la référence majeure à ce sujet, le court récit La fleur au fusil constitue un saisissant raccourci de toute l’horreur que cette période de l’histoire inspire au dessinateur : vacuité de la propagande, inanité des antagonismes entre peuples, absurdité de la hiérarchie militaire et, bien entendu, horreur de la mort, du sang, de la violence, tout est là, en dépit du fait que le goût de Tardi pour raconter des histoires prenne le pas sur la volonté d’instruire, ce qui n’a rien d’étonnant dans la mesure où la fleur au fusil est avant tout la suite du rocambolesque récit en 34 pages Adieu Brindavoine qui n’a pas pris une ride 40 ans après sa première publication et où le génie graphique et narratif de l’auteur, dont la carrière en est encore à ses début, est déjà là, tout entier.

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Riad Sattouf, Pipit Farlouse, La couvée de l’angoisse, Milan, 2005 : Riad Sattouf fait actuellement l’événement au cinéma avec la sortie de son deuxième film, Jacky au royaume des filles, ce qui ne doit pas occulter son activité d’auteur de BD. Il a participé, entre autres, à l’aventure Capsule cosmique et il est infiniment regrettable que cette expérience ait tourné court puisqu’elle a prouvé qu’il était possible de faire de la BD pour enfants sans être débilitant : Sattouf avait saisi l’occasion pour traiter frontalement un thème omniprésent dans le restant de son œuvre, celui de l’adolescence, avec son cortège de frustrations, d’humiliations et de castrations. Ça pourrait être sinistre, c’est tout ce qu’il y a de plus hilarant, d’autant que les personnages sont tous des oiseaux anthropomorphisés, montrant ainsi une facette du talent de satiriste de Sattouf qu’on ne connait pas forcément et qui fait de lui un digne héritier de Raymond Macherot.

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Osamu Tezuka, Marvelous Melmo, Yurindo, 2004 : Les mangas japonais fourmillent littéralement de personnages de petites filles qui se transforment en adultes en un temps record, une récurrence dont les racines se situent probablement au plus profond de la culture nippone. Pour quelle raison exacte ? Mystère… L’héroïne de cette série méconnue de Tezuka, créée au début des années 1970, a ceci de particulier, qu’elle ne dispose d’aucun pouvoir surnaturel et que sa capacité de changer d’âge au gré de ses besoins ne s’explique pas par une quelconque « magie » au sens galvaudé du terme puisque c’est à une faveur divine, qu’aurait pu imaginer un occidental, qu’elle doit ce pouvoir : sa mère est morte renversée par une voiture a en effet obtenu, à son arrivée au paradis, le droit d’aller visiter sa fille et de lui offrir une bouteille contenant des bonbons magiques grâce auxquels elle peut vieillir ou rajeunir. Ainsi Melmo (retranscription anglaise de son nom) parvient-elle à survivre ici-bas sans adulte pour veiller sur elle, ce qui ne veut pas dire qu’elle fasse toujours un usage très raisonnable de ces bonbons magiques… Malgré l’aura de Tezuka, qui est au manga ce que Hergé fut à la bande dessinée francophone, la série n’a jamais eu qu’un succès mitigé et a notamment pris à rebrousse-poil les milieux conservateurs qui ont vu dans le bonbon magique une allusion à la pilule contraceptive : en réalité, l’auteur ne fait que traiter le thème de la puberté, où l’individu est encore tiraillé entre son enfance qui prend fin et sa maturité qui n’en est qu’à son aurore. La série a fait l’objet d’une adaptation animée en 26 épisodes qui n’a jamais percé en Europe à part en Italie où elle a été diffusée sous le titre I bon bon magici di Lilly. Le livre n’est donc disponible qu’en japonais ou en anglais, et encore, l’édition anglaise est de plus en plus difficile à trouver… Bon courage pour les plus curieux d’entre vous !

À bientôt pour de nouveaux coups de cœur littéraires !


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