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Sénégal 1 - Cameroun 0 : requiem pour le football camerounais qui est mort ce soir

Publié le 27 mars 2011 par Atango

Allez, je vais me sacrifier pour mon lecteur et opérer un retour au 8 octobre 2005, jour maudit qui vit le Cameroun se faire éliminer de la Coupe du Monde 2006. Cette sensation de désespoir sans fond, cette impression de sentir la terre se dérober sous mes pieds, cette perte de sommeil pendant des nuits et des nuits étaient la preuve de mon attachement à l'équipe nationale. J'avais mal parce que l'équipe était mal.

Ce 26 mars 2011 pourtant, le Cameroun perd à Dakar, et cela ne me dérange pas plus que ça. Cette indifférence m'inquiète, mais je peux l'expliquer. Le coup de tonnerre de 2005 aurait du sonner le branle-bas de combat. C'était l'occasion de marquer le coup, et de lancer le grand chantier de la génération 2010, celle qui devait améliorer la performance de 1990 à la Coupe du Monde sud-africaine, avec comme jalons et tests les CAN 2006 et 2008.

Rien de sérieux ne fut fait, d'où le début de la glissade.

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Le 4 février 2006, le Cameroun joue un quart de finale de la CAN face à la Côte d'Ivoire. Ce sont les Ivoiriens qui se sont qualifiés pour la Coupe du Monde et cette compétition continentale est la seule occasion pour le Cameroun de laver son honneur. Sauf que le Cameroun du football, comme le Cameroun tout court, n'a plus d'honneur. Les Ivoiriens entrent dans le match avec la rage du revanchard, tandis que les Camerounais la jouent cool, sous prétexte qu'ils ont battu leurs adversaires du jour l'année d'avant, à deux reprises. Manifestation probante de cette face sombre de la mentalité camerounaise : arrogance et suffisance basées sur de mauvaises raisons. Comme la volonté seule ne suffit pas, les Ivoiriens ne parviennent pas à battre les Camerounais, ni pendant le match, ni pendant les deux tours complets de tirs au but qui vont s'en suivre. Il faudra que Samuel Eto'o, qui n'a pas cessé de plaisanter avec l'équipe ivoirienne (l'anti exemple de la volonté farouche de vaincre) envoie son deuxième penalty dans le ciel du Caire, par manque de concentration. Le Cameroun est éliminé, et on se dit que là, ça y est, la terre a tremblé au pays, de grandes décisions vont être prises, etc.

Au bout du compte, aucun changement n'intervient, et la glissade vers les abîmes peut continuer.

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Pour les éliminatoires de la CAN 2008, le Cameroun se balade devant la Guinée Equatoriale, le Rwanda et le Liberia. Les Lions Indomptables arrivent ainsi au Ghana avec un statut d'équipe à battre. Déjà, on se dit que les observateurs ne rendent pas service aux Camerounais, à les placer ainsi, systématiquement, dans la liste des favoris. Mais comment déclasser si tôt la nation qui a donné à l'Afrique Roger Milla et au monde Samuel Eto'o ? L'Egypte commence pourtant par remettre le Cameroun à son vrai rang dès le premier match. Le 22 janvier 2008, à Kumasi, les Pharaons assomment en une mi-temps les Lions Indomptables : 3-0 en 45 minutes, aucune sélection camerounaise n'avait jamais encaissé autant de buts en si peu de temps. Sans âme et tragiquement dépourvue de talent, l'équipe camerounaise est complètement à la rue, et il faudra l'entrée d'Alexandre Song et le sursaut d'orgueil d'Eto'o et de Njitap pour qu'en deuxième mi-temps le Cameroun se réveille et marque deux buts pour l'honneur. Le reste du parcours, jusqu'en finale, se fera uniquement avec comme carburant cet orgueil et cette envie de gagner, retrouvés le temps d'une compétition. Néanmoins, c'est l'Egypte qui au bout d'une finale insipide finit par conserver son titre de champion d'Afrique, sans aucun mérite, mais en profitant d'une bourde phénoménale du capitaine Rigobert Song. J'avais gardé de ce match une amertume dans la bouche et un bourdonnement d'oreilles qui sont caractéristiques chez moi des jours de défaite, mais la douleur était déjà moins forte que celle de 2005. Parce que je n'étais pas dupe de ce parcours à la CAN ghanéenne : seul le hemlé avait permis aux joueurs camerounais d'arriver en finale. Mais aussi parce que j'avais vu arriver deux joueurs qui me remplissaient d'espoir, à condition qu'ils fussent les éléments avancés de la nouvelle génération : Alexandre Song et Stéphane Mbia. Surtout, je me consolais en me disant que Rigobert Song venait de signer son départ à la retraite.

Erreur et consternation, pourtant : dès le lendemain de la défaite, on comprenait que la vieille garde avait l'intention de s'accrocher coûte que coûte, et que, par le fait même, les jeunes Lions auraient du mal à poser leur griffe sur l'équipe nationale.

Les CAN et Coupe du Monde 2010 étaient déjà à la porte, mais rien ne bougeait sous le soleil camerounais, la pire des mornes plaines que l'on puisse imaginer, le lieu où il ne se passe jamais rien, où les hommes restent aussi solidement fixés à leurs postes que des statues de l'Île de Pâques battues par tous les vents et posant sur les siècles qui passent leurs yeux morts. La FECAFOOT est sûrement la machine administrative la plus obsolète, la plus kafkaïenne et la plus immobile de cette planète.

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Rien ne fut donc fait, et on se retrouva rapidement quasi-éliminés de la Coupe du Monde 2010, à force de manquer de talent et d'envie. Après la CAN 2008, on avait commencé par prolonger le contrat d'un Otto Pfister qui avait pourtant tout fait pour prouver qu'il n'avait aucune compétence pour nous mener à la victoire. Après le rocambolesque départ de l'Allemand, il fallut dans l'urgence trouver un sélectionneur : ce fut Paul Le Guen, à qui l'on demanda tout simplement d'opérer un miracle. Le Breton avait une chance sur dix de réussir. Il la saisit, qualifia l'équipe pour la Coupe du Monde 2010, et se retrouva immédiatement dans la tourmente camerounaise : pressions "culturelles", rumeurs, intimidations, etc. Comme avec Otto Pfister, l'équipe était arrivée au sommet parce que les joueurs avaient décidé de se transcender, rien d'autre. La qualification acquise, le hemlé fut rangé dans les valises, et Paul Le Guen se retrouva avec des joueurs normaux. Or, l'équipe nationale du Cameroun, lorsqu'elle joue sans la rage de vaincre, se retrouve au niveau de n'importe quelle équipe de Nationale. Mais cela, Paul Le Guen ne le comprit pas, et il se retrouva à tester à l'infini moult schémas tactiques, tout étonné de voir qu'aucun ne lui permettait de construire une équipe cohérente et conquérante.

La CAN 2010 arriva bien vite, et fut quittée piteusement sur une autre gaffe, celle de Geremi Njitap. Faut-il rappeler que Rigobert Song était toujours là, et qu'il avait à plusieurs reprises testé la solidité des nerfs des supporters camerounais ?

Le fiasco sud-africain n'aura finalement surpris que les distraits ou les supporters les plus fanatiques. En réalité, tout était mis en place pour que le Cameroun livre sa pire performance en Coupe du Monde : un vestiaire transformé en Fort-Alamo, un entraîneur dépassé, une belle quantité de joueurs sans talent ni génie et dépourvus de la moindre maîtrise technique, des choix tactiques ahurissants, et surtout un manque d'envie évident.

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Au retour de la Coupe du Monde, on se disait qu'on avait touché le fond, et qu'on ne pouvait que rebondir. Le public attendait que les choses soient mises au clair, comme cela a été fait en France, que des décisions fortes soient prises pour qu'enfin la reconstruction puisse commencer. Mais rien ne changeait toujours. La FECAFOOT demeurait plus figée et plus nuisible que jamais. On a ainsi assisté à des scènes qui nous ont couverts de honte : bannissement de joueurs, maladies diplomatiques, querelles interminables, fâcheries puériles et réconciliations bizarres... Pendant ce temps, les autres travaillaient, construisaient et préparaient l'avenir. Nous, qu'avons-nous fait ? La FECAFOOT a décidé que l'urgence était de trouver un nouveau sélectionneur, et plusieurs commissions budgétivores se sont réunies, ont effectué moult missions, pour finir par recruter un super-bricoleur, selon l'incroyable tradition qui veut que le Cameroun ne recrute jamais que des entraîneurs médiocres et sans personnalité.

C'est parce que j'ai vécu tout ce qui précède que la défaite de ce soir ne me fait ni chaud ni froid. Tout comme une éventuelle qualification miraculeuse ne m'apporterait aucune joie.

Et c'est ça le plus inquiétant.


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