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On n'est pas là pour disparaître...

Par Sylvie

d'Olivia Rosenthal
On n'est pas là pour disparaître


Editions Verticales, 2007
Olivia Rosenthal est l'une des voix les plus originales de la littérature française contemporaine. Elle intervient régulièrement dans des lieux artistiques et alternatifs où elle signe des performances en compagnie de musiciens et de plasticiens (notamment au 104 rue d'Aubervilliers à Paris et aux Subsistances de Lyon)
Ses romans mettent en scène des personnages en marge, en rupture de banc, dont la folie s'exprime dans un flux verbal sans fin. Il en ressort un ton particulièrement tragi-comique comme dans par exemple Puisque nous sommes vivants. Son dernier opus, qui a remporté le prix Wepler, occupe cependant une place à part ; le ton est beaucoup plus grave (il est question de la maladie d'Alzheimer) et le récit est polyphonique contrairement aux autres romans où c'est une personne qui déverse sans interruption son discours "au bord de la crise de nerf".
Peux-on encore parler de roman ? Il s'agit plutôt d'un enchâssement de discours (le malade de la maladie de A, sa femme, sa fille, l'écrivain Oilivia Rosenthal, les médecins, les infirmières) et aussi d'une interrogation sur la possibilité d'écrire et de dire la maladie de A. En effet, puisque la maladie de A, c'est le néant, la fin du langage, ce qui est hors des mots, l'écrivain est forcément conduit à l'échec "du dire". Cette interrogation vient à plusieurs reprises ; la littérature s'interroge sur elle-même.
On appréciera également la diversité des formes de discours : tout commence dans un style très journalistique par l'exposition d'un fait divers : Monsieur T a tenté de tuer sa femme avec 5 coups de couteaux. Puis vient le discours médical, le discours biographique (l'écrivain retrace le parcours d'Alois Alzheimer), le discours du malade et enfin, le discours de l'intime (la femme et la fille qui interrogent leur rapport au mari et au père, leur capacité à pouvoir communiquer et éprouver des sentiments).

Les personnages de sont pas nommés, il n'y a pas de narration, de chapitres. Il n'y a que des énonciations, parfois très courtes qui rythment le récit. La chronologie est inversée puisque l'on part de l'événement qui a déclenché l'internement de Monsieur T pour arriver au début du diagnostic par les neurologues.
Ce récit est une succession de voix, les personnages s'effacent devant le discours. Cette forme originale correspond vraiment à une tendance de la littérature française. La littérature est d'abord langage et discours. Elle s'interroge sur elle-même, sur sa capacité à dire le réel.
La narration classique s'efface. Par contre, l'écrivain en tant que tel est très présent dans le texte même. On devine l'implication personnelle d'Olivia Rosenthal dans son rapport à la maladie d'A (son père ?) mais là n'est pas l'essentiel. L'écrivain dit l'échec d'écrire sur la maladie de A car "l'expérience du non-sens est absolument muette, c'est une expérience sans mots. Personne ne peut en rendre compte, aucun de ceux en tout cas qui sont les seuls pourtant à être en mesure de le faire, je veux dire les personnes douées de parole. Les malades ne peuvent pas parler de leur maladie parce qu'ils n'ont pas les mots, et les bien portants parce qu'ils les ont;"
Comme elle exprime également la peur d'être contaminée par A à force d'écrire sur cette maladie. On appréciera également le mélange de ton neutre au discours de l'intime, de l'incertitude.

Un livre très intéressant qui dit malgré tout, malgré l'échec du dire le néant.


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